6 novembre 2016 / 15:04 / dans un an

Wall St prête pour une phase d'incertitude à cause des élections

par David Randall

NEW YORK, 6 novembre (Reuters) - L‘issue de l‘élection présidentielle américaine de mardi semblant beaucoup moins certaine qu‘il y a un mois, les gérants de fonds d‘investissement se sont préparés à une augmentation marquée de la volatilité en augmentant la part des liquidités dans leurs portefeuilles, mais ils restent prêts à saisir des opportunités d‘achat.

“Le marché avait intégré une victoire d‘Hillary (Clinton) et maintenant, avec l‘irruption de la lettre de Comey, la probabilité que ce scénario ne se produise pas a augmenté”, explique Phil Orlando, gérant de Federated Global Allocation, en référence à la lettre adressée au Congrès par le directeur du FBI, James Comey, sur la relance de l‘enquête sur l‘usage par la candidate démocrate d‘un serveur privé de messagerie électronique lorsqu‘elle dirigeait la diplomatie américaine.

L‘indice Standard & Poor’s 500 de la Bourse de New York a perdu 2,2% depuis la révélation de l‘existence de cette lettre le 28 octobre et il a terminé dans le rouge les neuf dernières séances, du jamais vu depuis 1980.

Phil Orlando explique que son fonds a augmenté la part du cash dans son portefeuille pour se préparer à l‘éventualité d‘une baisse de 10% du S&P par rapport à son plus haut historique de 2.193,81 points, atteint le 15 août. A la clôture de vendredi, l‘indice accusait un repli d‘un peu moins de 5% par rapport à ce record.

Et Phil Orlando n‘est pas le seul à jouer la prudence. Les statistiques publiées jeudi par la société spécialisée Lipper montre que les investisseurs ont réduit leur exposition aux actions et aux obligations américaines: près de 7,7 milliards de dollars ont été retirés des fonds obligataires sur les sept jours au 2 novembre, le montant hebdomadaire le plus élevé enregistré depuis le début de l‘année.

Pour les fonds d‘actions américaines, les retraits ont atteint 3,4 milliards de dollars sur la semaine.

Phil Orlando explique que son fonds est désormais neutre par rapport au marché, afin de se protéger à la fois contre l‘éventualité d‘une victoire du républicain Donald Trump à la présidentielle mais aussi contre celle d‘une victoire démocrate au Sénat comme à la Chambre des représentants en plus de la présidence. Deux résultats opposés qui, selon lui, pourraient l‘un comme l‘autre faire baisser Wall Street de 5% supplémentaires.

LA VOLATILITÉ, UN PROBLÈME EN SOI

La volatilité du marché est en soi un sujet de préoccupation pour les investisseurs, explique Phil Blancato, directeur général de Ladenberg Thalmann Asset Management, qui met en garde contre des réactions exagérées aux mouvements liés aux élections.

“J‘ai eu au téléphone plusieurs personnes qui m‘ont demandé d‘augmenter la part de cash sur leur compte à cause de l‘élection”, explique-t-il. “Cela devient presque comique de devoir les rassurer à ce stade parce qu‘ils croient que le monde va s‘effondrer si Trump gagne l‘élection.”

Terri Spath, responsable de la stratégie d‘investissement de Sierra Investment Management, a vendu face à l‘augmentation de la volatilité, pour se replier sur la dette des marchés émergents et les obligations à taux variables, deux catégories d‘actifs qui devraient être “protégés” selon elle contre les résultats des élections américaines.

“Nous pensons que ce sera serré et nous préférons rester en retrait si la volatilité s‘envole”, explique-t-elle.

Elle précise toutefois être restée à l‘achat sur les actions de secteurs comme les infrastructures et les transports, qui ont plus baissé que l‘ensemble du marché alors que les deux candidats à la Maison blanche se sont engagés à augmenter les dépenses consacrées aux infrastructures de transport.

Eric Marshall, gérant d‘Hodges Capital, juge quant à lui bienvenue la baisse des derniers jours, en rappelant que le marché montait régulièrement depuis février à l‘exception de la brève période de baisse qui a suivi le référendum britannique de juin sur l‘Union européenne.

Il puise dans ses liquidités (autour de 8% de son portefeuille) pour se renforcer dans les secteurs de la santé et des produits de grande consommation, qui ont baissé depuis une semaine, et il se prépare à acheter encore si Donald Trump l‘emporte mardi ou si le camp démocrate remporte largement les élections.

“L‘accès de faiblesse du Brexit a marqué la dernière occasion de gagner un peu d‘argent; nous sommes prêts à redevenir opportunistes”, dit-il.

avec Chuck Mikolajczak; Marc Angrand pour le service français

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