Weidmann (BCE)-Les risques des taux bas de plus en plus clairs

jeudi 3 novembre 2016 23h28
 

AMSTERDAM/FRANCFORT, 3 novembre (Reuters) - Le président de la Bundesbank Jens Weidmann, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, a demandé jeudi de la "patience" en matière de politique monétaire, en soulignant qu'un soutien ultra-accommodant perdait de son efficacité avec le temps tout en augmentant les risques pour la stabilité.

"Les risques liés à une politique monétaire ultra-accommodante deviennent de plus en plus clairs", a-t-il dit lors d'une prise de parole à Amsterdam.

"Il est important de donner aux mesures prises suffisamment de temps pour influer sur le taux d'inflation", a-t-il estimé.

"L'accent mis sur le moyen terme, en plus du fait que la zone euro se remet du plus grand choc économique depuis la Deuxième Guerre mondiale, souligne l'importance qu'il y a à être patient."

Le président de la Buba marque ainsi ses réserves vis-à-vis de la politique de la BCE alors que celle-ci doit débattre le mois prochain d'une possible extension de son programme de rachat d'actifs de 1.740 milliards d'euros.

Le programme dit d'assouplissement quantitatif (quantitative easing, QE) vise à relancer la croissance dans la zone euro et à raviver l'inflation, laquelle reste depuis trois ans inférieure à l'objectif de la BCE proche de 2%.

"D'un point de vue cyclique à tout le moins, il y a une lueur d'espoir à l'horizon", a fait valoir le patron de la Buba en estimant que la zone euro aurait une croissance supérieure à son potentiel dans les prochaines années.

"On ne doit pas ignorer le fait que, même avec une politique monétaire inchangée, l'augmentation des taux d'inflation fera mécaniquement baisser les taux d'intérêt réels à court terme, ce qui entraînera un assouplissement de la politique monétaire."

Des taux monétaires ultra-bas peuvent entraîner la formation de bulles, réduire la rentabilité des banques et encourager les dépenses publiques, toutes choses qui représentent un risque pour la stabilité financière, a poursuivi Jens Weidmann.

Le modèle économique des banques et des assureurs-vie ou caisses de retraite n'est certes pas du ressort de la politique monétaire mais celle-ci ne peut ignorer les conséquences éventuelles que pourraient avoir leurs difficultés sur les mécanismes de transmission monétaire, notamment si cela pousse les ménages à augmenter leur épargne de précaution, a-t-il fait valoir.

Weidmann a par ailleurs estimé que les nouvelles règles prudentielles pour le secteur bancaire, dites de Bâle III, ne devaient pas conduire à une hausse significative des exigences de fonds propres pour les banques. (Balazs Koranyi et Francesco Canepa, Véronique Tison pour le service français)