29 octobre 2016 / 04:21 / il y a un an

LEAD 2-Le Parti pirate favori des législatives en Islande

par Zoe Robert et Stine Jacobsen

REYKJAVIK, 29 octobre (Reuters) - Les Islandais étaient appelés aux urnes ce samedi pour des élections législatives anticipées qui pourrait voir le Parti pirate détrôner la coalition sortante de centre-droit.

Fondé par des cybermilitants et dirigé par l‘activiste et poète Birgitta Jonsdottir, le Parti pirate promet de mettre fin à la corruption, propose d‘accorder l‘asile au lanceur d‘alerte Edward Snowden et de favoriser l‘usage des monnaies virtuelles comme le bitcoin.

Aux précédentes législatives, en 2013, les “Piratar” n‘avaient obtenu que 5% des voix, faisant élire trois députés. Mais le scandale des “Panama papers” au printemps dernier a gonflé les voiles du Parti pirate.

Les manifestations qui ont suivi ont contraint le Premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson, du Parti du progrès, à la démission en raison de ses liens avec une société off-shore et conduit à ces élections législatives anticipées.

Monté à 40% des intentions de vote dans les sondages publiés en plein scandale, le Parti pirate est encore donné aux alentours de 20% des voix.

Le désaveu de la classe politique traditionnelle, déjà marqué depuis la crise financière et banquière de 2008 et renforcé par les Panama papers, a également favorisé l‘élection en juin dernier à la présidence de l‘historien Gudni Johannesson, qui n‘appartient à aucun parti.

NOUVELLES ALLIANCES

Dans les derniers sondages, le Parti de l‘indépendance, partenaire de la coalition sortante, est donné en tête, avec 22,5% des intentions de vote, mais il est talonné par le Parti pirate (21,5%) et, surtout, voit le Parti du progrès chuter à 10% à peine, ce qui contraindrait la majorité de centre-droit à l‘Althing, le parlement monocaméral, à se mettre en quête d‘un troisième partenaire de coalition.

Les Pirates pourraient chercher eux à s‘allier avec les autres partis de l‘opposition: l‘Alliance sociale-démocrate, le Mouvement des verts et de gauche ou encore Avenir radieux, mouvement libéral et écologiste.

Un sondage mené le 27 octobre par l‘institut Visir & Stod crédite au total les partis de gouvernement de 37% des intentions de vote, contre 47% pour les quatre partis d‘opposition réunis.

Si les urnes confirment ce contexte serré, le nouveau Parti de la réforme (Vidreisn), pro-européen et libéral, pourrait détenir les clefs de la future majorité. Le parti n‘a pas encore pris publiquement position, mais des analystes notent qu‘il serait sans doute plus enclin à s‘allier aux formations de la coalition sortante.

La participation électorale est habituellement forte en Islande, autour de 80%, mais l‘électorat jeune est marqué par une plus forte abstention, ce qui pourrait affecter les résultats du Parti pirate.

Les bureaux de vote devaient rester ouverts jusqu‘à 22h00 GMT avec les premiers résultats attendus dans la nuit. Mais les mauvaises conditions météorologiques qui règnent ce samedi sur l‘Islande pourraient retarder les opérations.

“Le changement est magnifique, il n‘y a là rien à redouter”, a dit Birgitta Jonsdottir après avoir voté, ajoutant ressentir que l‘époque était au changement. “The times they are a changing”, a-t-elle dit, citant Bob Dylan, récent prix Nobel de littérature.

Face aux accusations de populisme, elle a répondu: “S‘il est naïf d‘écouter le peuple, qu‘il en soit ainsi. Nous préférons être naïfs que corrompus, et le peuple islandais n‘en peut vraiment plus du népotisme et de la corruption.”

BOOM DU TOURISME ET PRESSIONS SUR L‘IMMOBILIER

Durant la campagne, la majorité sortante a mis en avant ses succès dans la relance de l‘économie, mise à bas par les faillites bancaires de 2008.

Porté par un tourisme en plein essor, le PIB islandais devrait progresser de 4,3% cette année tandis que le taux de chômage a été ramené à 3,1% de la population active.

Mais l‘afflux de visiteurs étrangers est également pointé du doigt dans l‘augmentation spectaculaire des loyers, qui compliquent la vie des Islandais. De nombreux propriétaires préférant louer leurs biens à des touristes, le marché est saturé et les prix s‘envolent. Selon les données de Registers Iceland, le montant moyen des loyers à Reykjavik a progressé de 55% depuis début 2011, de 9% entre août 2015 et août 2016.

Et la tendance n‘est pas près de s‘inverser: le nombre de touristes étrangers devrait encore progresser de 35% l‘année prochaine pour atteindre les 2,37 millions de visiteurs, sept fois plus que la population islandaise, d‘après des projections de l‘Islandsbanki.

“C‘est comme si Reykjavik n‘était plus ma ville, mais une sorte de Disneyland”, soulignait durant la campagne Birgitta Jonsdottir. (Julie Carriat et Henri-Pierre André pour le service français)

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