L'Italie met en garde l'UE en cas de rejet de son budget

dimanche 23 octobre 2016 14h49
 

MILAN, 23 octobre (Reuters) - L'Union européenne doit permettre à l'Italie d'augmenter son déficit pour faire face au séisme qui l'a frappée pendant l'été et à la crise des migrants, sous peine de voir le pays ériger des murs "à la hongroise", a déclaré le ministre de l'Economie Pier Carlo Padoan dans une interview publiée dimanche.

"L'Europe doit choisir son camp. Elle peut accepter que notre déficit passe de 2% à 2,3% (du produit intérieur brut) pour faire face aux urgences liées au tremblement de terre et aux migrants", a-t-il dit à La Repubblica.

"Ou elle peut choisir la manière hongroise, qui érige des murs contre les migrants et doit être rejetée. Ce serait alors le début de la fin."

Le gouvernement italien durcit le ton contre Bruxelles depuis qu'il a adopté le week-end dernier un projet de budget 2017 expansionniste, à six semaines d'un référendum sur la réforme constitutionnelle dont pourrait dépendre l'avenir politique du président du conseil Matteo Renzi.

Le projet de loi de finances rehausse les objectifs précédemment acceptés de déficit et de dette publique, ce que Rome justifie par le coût de l'afflux de migrants sur ses côtes et la reconstruction après le séisme d'août.

Le procédé irrite la Commission européenne qui songe à adresser à Rome une lettre d'avertissement, ont dit des sources à Bruxelles.

Autre revers pour le gouvernement, l'agence de notation Fitch a réduit vendredi soir la perspective de sa note de la dette italienne, en faisant état de risques politiques et économiques accrus pour la troisième économie de la zone euro.

Pier Carlo Padoan souligne dans l'interview à la Repubblica que l'Italie a dépensé plus que tout autre Etat européen pour répondre à l'afflux de migrants et de réfugiés.

"A ce jour, personne n'a reconnu notre engagement financier", déplore-t-il. "C'est un problème politique, qui concerne l'avenir du continent."

Matteo Renzi avait été encore plus virulent vendredi en affirmant qu'il ne laisserait pas les "technocrates de Bruxelles" modifier son projet de budget qui répond "aux besoins des citoyens italiens." (Silvia Aloisi, Véronique Tison pour le service français)