20 octobre 2016 / 16:21 / il y a 10 mois

ENCADRE-Négociations sur le Brexit: ce qui est en jeu

LONDRES, 20 octobre (Reuters) - La Première ministre britannique Theresa May sera fermement invitée, jeudi et vendredi lors du sommet européen de Bruxelles, à préciser la manière dont elle entend gérer la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Après avoir entretenu le flou pendant des semaines, la dirigeante conservatrice a semblé, devant le Congrès de son parti début octobre, opter pour la piste d'un "Brexit dur", privilégiant un contrôle de l'immigration tout en se coupant du marché unique. Mais les dirigeants européens cherchent encore à jauger ses intentions.

Voici un résumé des principaux enjeux des négociations entre Londres et Bruxelles, que la Première ministre britannique a promis de lancer avant mars 2017:

ACCÈS AU MARCHÉ UNIQUE

Les entreprises britanniques se heurteront à des barrières douanières pour accéder au marché de l'UE, fort de 500 millions de consommateurs, si Theresa May choisit de céder aux appels de nombreux électeurs conservateurs en faveur d'un contrôle plus strict de l'immigration. De tels contrôles enfreindraient en effet le sacro-saint principe de liberté de circulation des personnes au sein du bloc.

Les partisans d'un "Brexit dur" soutiennent que l'Allemagne et d'autres pays membres bluffent en évoquant l'instauration de droits de douane sur les biens et services britanniques, car leurs exportateurs auraient bien trop à perdre.

Mais les employeurs sont inquiets, en particulier dans les secteurs qui pourraient hériter des droits de douane les plus élevés en cas d'absence d'accord entre Londres et Bruxelles.

Pour vendre une automobile sur le marché de l'UE, un pays non membre doit ainsi s'acquitter d'une taxe de 10% et Nissan, qui exporte vers l'UE des milliers de véhicules construits dans son usine de Sunderland, la plus importante de Grande-Bretagne, a d'ores et déjà demandé à Londres des compensations pour faire face à d'éventuels coûts douaniers liés au Brexit.

IMMIGRATION

Theresa May veut abaisser le solde net migratoire à moins de 100.000 personnes par an contre plus de 300.000 aujourd'hui, ce qui impliquerait la mise en place de contrôles sévères.

Environ la moitié des immigrants en Grande-Bretagne viennent de l'Union européenne.

La plupart des économistes s'accordent à dire que l'immigration a aidé l'économie britannique même si elle a pesé légèrement sur la croissance des bas salaires.

Theresa May préconise un système permettant de faire venir les employés les plus recherchés par les employeurs britanniques. Depuis, ses ministres disent vouloir s'assurer que les salariés les plus qualifiés continueront à venir en Grande-Bretagne.

Les autres dirigeants européens ne devraient cependant pas accepter une quelconque entorse au principe de libre circulation des personnes en matière d'emploi, craignant que d'autres pays n'en viennent à réclamer eux aussi des exemptions, ce qui conduirait à une implosion de l'UE.

SERVICES FINANCIERS

Le secteur financier britannique redoute d'être l'un des grands perdants du Brexit. Les banques perdraient la possibilité de vendre leurs services à travers le continent à partir de Londres, un système connu sous le nom de passeport européen.

Si ces établissements devaient délocaliser certaines opérations outre-Manche, cela pourrait peser sur les recettes fiscales britanniques alors que les comptes publics du pays restent dans le rouge.

Les négociations porteront notamment sur l'avenir du statut de Londres comme principal centre de compensation des transactions sur les produits dérivés libellés en euros, qui sera plus difficile à défendre une fois en dehors de l'UE.

BUDGET

Avant le référendum du 23 juin en faveur d'un Brexit, l'un des arguments des partisans d'une sortie de l'UE était qu'une fois dehors, Londres n'aurait plus à verser de contributions au budget européen, qui sont estimées par l'Autorité statistique du Royaume-Uni à quelque 7 milliards de livres (6,4 milliards d'euros) par an.

Mais la Grande-Bretagne pourrait devoir participer tout de même au budget de l'UE afin de conserver un accès aux services financiers ou à d'autres secteurs stratégiques. La Norvège et la Suisse contribuent ainsi au budget de l'UE en échange d'un accès préférentiel au marché unique.

UNION DOUANIÈRE OU ACCORDS COMMERCIAUX

La Grande-Bretagne pourrait chercher à demeurer au sein de l'union douanière européenne même si elle n'est plus un pays membre. L'union douanière intègre par exemple la Turquie, Andorre et Saint-Marin qui peuvent commercer librement avec le bloc et partager ses droits de douane extérieurs.

Mais si Londres choisit cette option, cela pourrait compliquer la mise en place d'accords commerciaux avec d'autres pays hors UE, un argument central du camp favorable au Brexit.

MÉCANISMES DE NÉGOCIATION

Theresa May a promis de déclencher les négociations avant la fin mars 2017 et Londres espère mettre à profit les prochains mois pour sonder ses partenaires européens et fixer ses priorités de discussion.

Jusqu'ici, les dirigeants européens ont repoussé les tentatives britanniques d'évoquer les grandes lignes d'un accord de manière informelle, ce qui permettrait à Londres d'affiner sa stratégie.

Une fois que l'article 50 du traité de Lisbonne sera invoqué par le gouvernement britannique, engageant formellement la sortie du Royaume-Uni et enclenchant deux années de négociations, les 27 autres pays membres se réuniront dans un délai d'un mois ou deux pour donner des instructions à la Commission européenne.

Ces discussions seront dirigées côté européen par le Français Michel Barnier, qui a eu des relations tendues avec Londres lorsqu'il était commissaire européen au Marché intérieur, entre 2010 et 2014.

A Bruxelles, on estime que deux années seront probablement suffisantes pour traiter le divorce proprement dit (procéder à une nouvelle répartition du budget et des avoirs de l'UE, régler des problèmes complexes comme celui du financement des retraites des anciens employés britanniques de l'Union, etc.).

Mais l'élaboration d'une nouvelle relation, sur le plan commercial en particulier, pourrait prendre davantage de temps, et requérir la conclusion d'un accord de transition afin de ne pas laisser la Grande-Bretagne dans un vide juridique.

Deux échéances électorales sont à garder en mémoire dans ce processus complexe de négociation, celle des législatives britanniques, qui doivent avoir lieu avant mai 2020, et celles des élections européennes, prévues normalement en mai 2019. (William Schomberg, avec Alastair MacDonald à Bruxelles; Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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