19 octobre 2016 / 05:02 / il y a un an

GRAPHES-Marchés-Les secousses sur l'obligataire, préludes à un T4 agité

* La hausse des rendements obligataires perturbe les marchés

* Les marchés exposés au débouclage de positions consensuelles

* Les facteurs de risques ne manquent pas

* Graphique sur la comparaison entre taux et rendement du dividende:

* reut.rs/2ehgNek

* Graphique sur la valorisation des marchés actions:

* reut.rs/2edc3rQ

par Jamie McGeever et Vikram Subhedar

LONDRES, 19 octobre (Reuters) - Les récents soubresauts sur les marchés obligataires et un calendrier politique chargé dans les prochains mois font craindre aux gérants une réduction massive de l‘exposition à des actifs risqués très bien valorisés, les investisseurs se précipitant pour protéger leurs gains de l‘année.

Les taux obligataires, tombés à de nouveaux plus bas record cet été avec les inquiétudes liées au vote britannique en faveur d‘une sortie de la Grande-Bretagne de l‘Union européenne, sont brusquement remontés ce mois-ci avec les doutes croissants sur la possibilité d‘assouplir encore les politiques monétaires et de voir en conséquence les politiques budgétaires prendre le relais.

Une enquête de Merrill Lynch auprès de gérants de fonds montre que ces derniers considèrent que l‘évolution des taux obligataires sera la variable déterminante pour celle des marchés d‘actions mondiaux dans les six prochains mois.

Dans le même temps, trois quarts des gérants interrogés jugent les Treasuries surévalués.

La tension sur les taux longs intervient dans un contexte d‘interrogations des investisseurs sur les conséquences de la montée du populisme dans les pays développés alors que gouvernements et banques centrales cherchent désespérément à accélérer la croissance.

Les rendez-vous politiques ne manquent pas dans les prochains mois, avec l‘élection présidentielle américaine du 8 novembre, le référendum constitutionnel italien du 4 décembre, le débat sur les modalités du Brexit en Grande-Bretagne au moins jusqu‘en mars et le démarrage officiel des négociations avec l‘Union européenne, puis les élections en France au printemps et en Allemagne à l‘automne.

COCKTAIL EXPLOSIF

Tout cela sur fond de sentiment de fin de l‘argent toujours plus facile, les banques centrales rechignant à assouplir encore leur politique monétaire.

La Réserve fédérale américaine continue de laisser la porte ouverte à une hausse de taux directeurs en décembre. Les banques centrales européennes et japonaise peinent à définir les modalités d‘un nouvel assouplissement tandis que la chute près de 20% de la livre sterling a fortement réduit la probabilité d‘une nouvelle baisse de taux par la Banque d‘Angleterre.

En ajoutant à tout cela, un quasi-doublement des prix du pétrole depuis les points bas du mois de janvier, un rebond alimenté par la perspective de réduction par les pays de l‘Opep de leur production, et le cocktail devient franchement explosif pour les marchés de taux.

Les injections massives de liquidités par les banques centrales ont gonflé les prix de la plupart des actifs financiers et un choc obligataire pourrait déclencher une réévaluation généralisée des prix des actifs.

Dans ce cas, la marge de baisse est conséquente. Sur les 23 catégories d‘actifs dont Reuters suit les performances trimestre après trimestre, 17 affichent une progression depuis le début de l‘année, confortable dans certains cas.

Graphique sur les performances des classes d'actifs depuis le début de l'année : reut.rs/2doKMRd

“La probabilité d‘un accès de volatilité cette année augmente”, prévient Joachim Fels, conseiller économique de Pimco, l‘un des plus importants fonds obligataires mondiaux. “Les marchés ont été endormis et embobinés par l‘environnement de taux d‘intérêt bas et de banques centrales accommodantes. Ce paradigme va être mis à l‘épreuve, peut-être sous peu.”

CHERCHE RENDEMENT DÉSESPÉRÉMENT

Pour souligner à quel point les marchés obligataires et d‘actions sont chers, Bank of America-Merrill Lynch a rappelé cette semaine que leur prix relatif par rapport aux actifs réels et aux matières premières était au plus haut depuis 1926.

Ce grand écart pourrait arriver à sa fin avec la montée des pressions politiques pour réduire les inégalités, qui dissuade les politiques d‘assouplissement quantitatif et de taux d‘intérêt négatifs, si favorables à la hausse des prix des actifs financiers, a averti BofA Merrill Lynch dans une note à ses clients.

La dernière enquête de la banque d‘investissement auprès de gérants internationaux montre aussi que les paris haussiers sur les valeurs boursières les plus reconnues et sur les obligations d‘entreprises considérées comme sûres aux Etats-Unis et en Europe, tout comme les stratégies de faible volatilité, figurent parmi les plus prisés. Tous sont particulièrement risqués en cas de hausse des taux longs.

Plusieurs des grands indices boursiers mondiaux sont proches de leur pic historique et les valorisations proches de leurs plus hauts en une décennie en dépit de profits en berne.

Graphiques sur les valorisations des marchés actions :

reut.rs/2edc3rQ

La croissance des profits des entreprises à l‘échelle mondiale ne devrait pas dépasser 1% cette année, selon des données de Thomson Reuters, un timide rebond après le recul accusé en 2015.

Les difficultés persistantes des banques européennes, le ralentissement de la croissance chinoise et les conséquences de la vigueur du dollar sur les économies émergentes et les cours des matières premières continuent d‘assombrir les perspectives des marchés.

Pour autant, les investisseurs, désespérément en quête de rendement, ont porté les prix des valeurs les plus recherchées à de nouveaux plus hauts, attirés par des rendements du dividende enviables dans un environnement de taux longs proches de zéro quand ils n‘étaient pas négatifs.

Les stratégies d‘investissement traditionnelles ont été prises en défaut avec de nombreux fonds investis en actions pour le rendement et en obligations pour la plus-value. Pour nombre d‘intervenants, ce succès non démenti des actions n‘a qu‘une explication : TINA (“Thre is no alternative”, il n‘y a pas d‘alternative).

Tina Fordham et Tiia Lehto, économistes de Citi, soulignent que l‘incertitude économique est au plus bas. Elles relèvent que les prévisions de croissance, d‘inflation et de taux d‘intérêt sont inhabituellement stables. Mais elles mettent en garde contre les risques associés à un environnement aussi consensuel.

“C‘est problématique pour les investisseurs. Le sentiment d‘une plus grande certitude fait consensus mais le consensus engendre la complaisance et la complaisance nourrit le risque, en particulier quand le consensus se traduit par un positionnement de marché allant dans le même sens”, préviennent-elles dans une note publiée lundi.

Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand

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