13 octobre 2016 / 16:05 / il y a 10 mois

REPORTAGE-Les start-ups françaises incitées à passer par la Silicon Valley

* Des offres sur-mesure pour les jeunes pousses françaises

* Des programmes d'acculturation plus que d'accélération

* Les coûts poussent à garder un pied en France

par Julie Carriat

SAN FRANCISCO, 13 octobre (Reuters) - Pour les entrepreneurs français qui veulent développer leur start-up, la Silicon Valley est un point de passage plus que jamais obligé et des initiatives dédiées leur promettent une implantation réussie sur le marché américain et mondial de l'innovation.

Les géants du secteur, Y Combinator ou 500 Startups, totalisent plusieurs milliers de start-ups venues du monde entier et accompagnées depuis quelques années aux Etats-Unis.

Mais les portes de ces accélérateurs, qui ne sont franchies chaque année que par une poignée d'entreprises de l'Hexagone, ne s'ouvrent qu'aux candidats déjà rompus aux codes de la Silicon Valley.

Des initiatives plus ciblées proposent désormais du sur-mesure aux start-ups françaises et promettent de leur éviter des écueils fréquents dans leur implantation: inadaptation au marché américain, stratégie de commercialisation inappropriée ou mauvaise compréhension de l'environnement juridique.

A l'exemple de Critéo, entreprise française championne du ciblage publicitaire entrée au Nasdaq en 2013, ces start-ups espèrent faire de leur passage dans la région une étape clé de leur internationalisation.

En 2008, le fondateur de Critéo, Jean-Baptiste Rudelle, a déménagé à Palo Alto et compte désormais les Etats-Unis comme un des premiers marchés de l'entreprise, bien que son siège reste en France.

"On naît global ou on ne naît pas", estime l'entrepreneur Pierre Gaubil, qui a lancé en septembre à San Francisco "The Refiners", un programme qui entend adapter des start-ups technologiques étrangères au monde de la Silicon Valley dès leur naissance.

"Dans certains cas, ne pas venir dans la Silicon Valley est très risqué", ajoute-t-il, citant notamment Dailymotion ou Viadeo comme exemples de succès en demi-teinte, faute de s'être imposés assez tôt aux Etats-Unis face à Youtube ou LinkedIn.

Pierre Gaubil se propose, aux côtés de deux autres partenaires français, de réduire le fossé culturel qui sépare les entrepreneurs français du marché américain, en mettant l'accent sur une "acculturation" plutôt qu'une "accélération".

Cette approche qualitative n'est pas la priorité des grands acteurs du secteur qui ont avant tout des objectifs chiffrés: une accélération de la croissance des jeunes pousses, conclue par une levée de fonds.

"Il est () utopique, voire mensonger, de dire qu'en trois mois, on peut prendre une entreprise et la transformer en un projet finançable par les investisseurs américains", prévient Pierre Gaubil, soulignant l'importance de créer un réseau où faire connaître son projet avant de chercher à lever des fonds.

Pour la première promotion, une douzaine de start-ups internationales, dont une majorité de sociétés françaises, vont passer trois mois dans des bureaux à San Francisco, loués dans un espace de travail partagé à quelques centaines de mètres des sièges de Twitter et d'Uber.

Dotés d'un fonds d'investissement de six millions de dollars (5,43 millions d'euros), auquel participe la Banque publique d'investissement (Bpifrance), les Refiners espèrent accompagner en trois ans 70 à 80 start-ups.

En échange de 4 à 7% du capital et de frais de 25.000 dollars, chaque start-up bénéficie d'investissements de 50.000 dollars et d'un accompagnement personnalisé pour espérer exister sur le marché.

SILICON VALLEY, SILICON ALLEY

Côté institutionnel, les start-ups françaises en passe de traverser l'Atlantique peuvent trouver conseil auprès de Business France, agence publique sous la tutelle de Bercy et du Quai d'Orsay qui accompagne l'expansion des entreprises hexagonales à l'international.

A San Francisco, Stéphane Alisse dirige depuis 2014 le programme Ubi i/o, destiné à des entreprises qui s'implantent aux Etats-Unis. Souvent déjà fortes d'un succès commercial en France, elles s'acquittent de frais de 15.000 euros pour participer à ce programme sélectif.

Sur une centaine de candidatures, dix-huit entreprises ont été retenues en 2016 : dix à San Francisco, huit dans la "Silicon Alley", pendant new-yorkais de la Valley spécialisé dans les technologies des médias, de la publicité et de l'édition.

Depuis trois ans, 34 sociétés françaises ont ainsi bénéficié de dix semaines de tutorat intensif, précédées de 10 semaines préparatoires en France. Elles ont ensuite levé environ 60 millions de dollars de fonds et décroché 200 contrats commerciaux aux Etats-Unis. Une large majorité (84%) s'est implantée outre-Atlantique dans les six mois suivant la fin du programme.

Le programme est petit, reconnaît Stéphane Alisse, qui revendique une approche pratique et un objectif particulier : éviter à ces sociétés nées en France de "rater leur première année" aux Etats-Unis.

Bpifrance assure une partie du financement du programme, mais des sponsors privés permettent d'assurer l'équilibre, précise-t-il.

LE "BON MODÈLE"

Au total, plusieurs centaines de start-ups françaises sont implantées dans la région, estime le responsable de Business France, tout en remarquant de fortes disparités : d'un demi salarié dans la Bay Area, la technopole de San Francisco, à plus d'une quarantaine d'employés.

"Il est très souvent souhaitable (...) que le patron bouge de ce coté-ci du monde", reconnaît Stéphane Alisse

"Dans le bon modèle, les effectifs en France ne vont pas du tout en pâtir : si ça marche ça va bénéficier, en terme de croissance des effectifs, aux deux côtés".

Pierre Gaubil, conseille à sa première promotion de garder un pied dans le pays d'origine : "développez votre ingénierie et venez ici pour ce que la Silicon Valley peut amener, c'est-à-dire des connexions, des partenaires, du business".

Garder des équipes opérationnelles en France est le calcul de nombreuses entreprises. "La Bay Area coûte cher et il est très difficile de recruter des gens de qualité sauf à aligner des packages exorbitants", souligne Stéphane Alisse. (Edité par Marc Joanny)

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below