October 10, 2016 / 3:33 PM / 10 months ago

Fermeture d'un quotidien de gauche historique en Hongrie

4 MINUTES DE LECTURE

par Marton Dunai et Gergely Szakacs

BUDAPEST, 10 octobre (Reuters) - Les journalistes du principal quotidien de gauche de Hongrie, Népszabadság, se sont réunis lundi pour imaginer des moyens de relancer leur titre, dont la publication a été suspendue par son propriétaire, officiellement pour des raisons financières.

Selon Mediaworks, le journal fondé il y a 60 ans lors du soulèvement de 1956 contre le joug soviétique affiche trop de pertes, malgré deux plans de réductions des coûts, et une réorganisation est nécessaire.

Dans un communiqué, Mediaworks a déclaré que le journal avait enregistré 5 milliards de forints (16,5 millions d'euros) de pertes depuis 2007 en raison d'une chute de sa diffusion et qu'il devrait à nouveau publier une perte "importante" cette année.

Martin Gergely, rédacteur en chef adjoint, juge que ces arguments ne tiennent pas car les pertes semblent relativement limitées depuis deux ans et les journalistes ont accepté deux diminutions de salaires, de 10% chacune.

"Nous sommes convaincus que cette fermeture s'explique par ce que nous faisons", a-t-il dit lundi à Reuters. "Ils ont pensé qu'on ne pourrait pas être mis au pas autrement."

Dans sa dernière édition, parue samedi, Népszabadság (La liberté du peuple), dont le Parti socialiste détenait près de 30% du capital jusqu'en 2015, a rapporté qu'un ministre du gouvernement de Viktor Orban avait utilisé un hélicoptère pour se rendre à un mariage. Il avait auparavant révélé que le gouverneur de la banque centrale, Gyorgy Matolcsy, avait employé pendant des années sa petite amie à des postes lucratifs.

Le parti conservateur Fidesz, au pouvoir, a estimé que la fermeture de Népszabadság était une "décision économique raisonnable" et le porte-parole du gouvernement, Zoltan Kovacs, a jugé que la liberté de la presse se portait bien en Hongrie.

La Commission européenne, qui s'est heurtée à plusieurs reprises à Viktor Orban au sujet des médias en Hongrie, s'est inquiétée de cette suspension, estimant que le pluralisme était menacé dans le pays.

Oligarques

Népszabadság est détenu à 100% par Mediaworks, une société contrôlée par l'homme d'affaires autrichien Heinrich Petzina, qui entretient depuis longtemps des relations avec l'élite politique et économique hongroise mais dont le principal associé, Zoltan Speder, est tombé cette année en disgrâce auprès d'Orban.

L'hebdomadaire indépendant Figyelo a rapporté récemment que Petzina avait rencontré Orban pour parler de Népszabadság. Petzina n'a pas souhaité faire de commentaire.

"L'investisseur financier (Petzina) se désengage de Mediaworks", estime l'expert des médias Gabor Polyak, de l'institut Mertek. "Les seuls acheteurs potentiels sont des oligarques proches du Fidesz."

Les plus importantes chaînes de radio et de télévision de Hongrie sont passées sous le contrôle de l'Etat depuis le retour au pouvoir de Viktor Orban en 2010. L'une des deux chaînes de télévision privées les plus importantes, TV2, est dirigée par un homme d'affaires proche du Premier ministre, ainsi qu'un grand quotidien politique et un quotidien à grand tirage.

Sans Népszabadság, les seules publications d'opposition notables en Hongrie sont désormais le petit journal de gauche Nepszava et le Magyar Nemzet, dirigé par un magnat autrefois proche du Fidesz mais fâché avec Viktor Orban.

Sur l'indice de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, la Hongrie est descendue du 23e rang en 2010 au 65e rang en 2015. (Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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