19 septembre 2016 / 08:37 / dans un an

AVANT PAPIER-La BoJ pourrait passer du "QQE" aux taux négatifs

par Leika Kihara

TOKYO, 19 septembre (Reuters) - La Banque du Japon pourrait décider mercredi d‘articuler désormais sa politique monétaire autour des taux d‘intérêt négatifs, reléguant au second plan son programme d‘assouplissement quantitatif et qualitatif (QQE) dans une évolution que certains sont tentés d‘interpréter comme un signe d‘impuissance.

Trois années de rachats d‘actifs soutenus n‘ont en effet, contrairement aux attentes lors de la mise en place de ce programme, guère eu d‘impact ni sur l‘inflation ni sur la croissance de la troisième économie mondiale.

L‘assouplissement “quantitatif et qualitatif” de la Banque du Japon est la marque de fabrique de son gouverneur Haruhiko Kuroda depuis sa nomination en 2013. Il devait être une thérapie choc pour sortir le pays de la spirale de déflation qui étrangle la croissance depuis des années.

Mais le fait que la BoJ a déjà reporté à plusieurs reprises la date à laquelle l‘inflation devait atteindre son objectif de 2% est symptomatique de l‘échec relatif du QQE.

Même s‘il est peu probable que la banque centrale japonaise renonce complètement à ce programme, le fait de le mettre sur le côté sera le signe que Haruhiko Kuroda s‘est résigné à renoncer aux traitements radicaux pour se conformer à l‘approche plus graduelle qui caractérisait ses prédécesseurs.

Comme d‘habitude, la réunion de la Banque du Japon se déroulera sur deux jours, les mardi 20 et mercredi 21 septembre. Fait plus rare, elle coïncidera avec celle la Réserve fédérale américaine qui, elle, est tentée par un durcissement de sa politique monétaire même si un consensus se dégage sur les marchés pour dire qu‘elle ne fera rien cette semaine.

Les responsables monétaires de la BoJ ont pu avoir un avant-goût de que pourrait être la réaction des marchés à une éventuelle diminution de l‘ampleur de programme de rachats d‘actifs : se délester des obligations à échéance longue.

Depuis que la Banque du Japon a annoncé, lors de sa précédente réunion les 28 et 29 juillet, qu‘elle procèderait à une revue en profondeur des effets de sa politique monétaire, le rendement des obligations souveraines à 20 ans est passé de 0,125% fin juillet à 0,495%, soit un pic de six mois, le 14 septembre.

PRENDRE SES DISTANCES AVEC LE QQE SANS AFFOLER LE MARCHÉ

Le principal défi pour la Banque du Japon sera donc de prendre ses distances avec le QQE tout en évitant de provoquer un mouvement de panique sur le marché obligataire.

“La Banque du Japon ne cesse de dire qu‘il lui reste beaucoup d‘outils à sa disposition mais le coût d‘utilisation de ces outils est en hausse pour un bénéfice moindre, notamment pour ce qui concerne les rachats d‘actifs massifs”, a estimé Izuru Kato, économiste en chef chez Totan Research.

“Enfoncer les taux en territoire négatif comporte aussi des coûts énormes, mais c‘est probablement le seul outil qui reste”.

Le taux des dépôts au jour le jour a été ramené à -0,1% en janvier dernier et la BoJ pourrait décider cette semaine d‘aller encore un peu plus loin dans le rouge, ont dit des sources la semaine dernière, l‘évolution du yen étant déterminante dans ce choix.

Depuis le début de l‘année, le yen est en hausse de près de 18% face au dollar et de près de 15% face à l‘euro, une évolution qui pèse sur l‘activité des nombreux exportateurs japonais.

Il y a dix jours, d‘autres sources avaient dit que la BoJ étudiait diverses possibilités visant à pentifier à nouveau la courbe des rendements obligataires, l‘idée générale étant de réduire les rendements à court et moyen termes, ceux qui ont le plus d‘influence sur les coûts d‘emprunt des entreprises, tout en remontant les taux ultra-longs considérés comme étant beaucoup trop bas.

Haruhiko Kuroda devra s‘efforcer d‘arracher un consensus à un comité de politique monétaire fragmenté, où même ceux qui sont en faveur d‘un nouvel assouplissement s‘interrogent sur l‘outil le plus efficace. Certains veulent un centrage de la politique sur les taux tandis que d‘autres veulent continuer à mettre l‘accent sur les rachats d‘actifs.

“Haruhiko Kuroda a créé le QQE, c‘est son symbole. Y apporter des changements importants serait assimilable à une reconnaissance de défaite. Je me demande si cela est possible tant qu‘il reste gouverneur”, a dit l‘une des sources. (Benoît Van Overstraeten pour le service français, édité par Véronique Tison)

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