15 septembre 2016 / 15:32 / il y a un an

GRAPHES-Taux-Les marchés retrouvent des courbes plus désirables

* Graphique sur la pente des courbes de taux du G3:

* tmsnrt.rs/2cpmcUp

par Jamie McGeever

PARIS, 15 septembre (Reuters) - L‘été a permis aux marchés de taux de retrouver des courbes plus désirables, mais moins pour des motifs saisonniers qu‘en raison des doutes sur la poursuite par les banques centrales de politiques toujours plus accommodantes et peu conventionnelles.

La conviction croissante des investisseurs que l‘efficacité des politiques monétaires ultra-accommodantes va en diminuant, sans parler de leur possibles effets pervers, a entraîné une brusque remontée des taux en une semaine, plus marquée sur les échéances les plus longues.

L‘écart entre les taux à deux ans et 10 ans, généralement retenu pour caractériser la pente de la courbe des taux, a ainsi plus que doublé au Japon pour atteindre un plus haut de sept mois. Il est au plus haut depuis juin aux Etats-Unis et depuis mai au sein de la zone euro.

Graphique sur les courbes de taux américains, allemands et japonais:

tmsnrt.rs/2cpmcUp

Une courbe des taux ascendante est considérée comme un signe de bonne santé de l‘économie, des perspectives favorables justifiant des taux plus élevés à long qu‘à court terme, et comme un facteur de prospérité pour les banques qui sont à même de refinancer à des taux moins élevés à court terme les prêts à long terme qu‘elles consentent.

Il y a peu de temps encore, les courbes de taux étaient au plus bas et au plus plat après des années de politiques monétaires qui ont abaissé les taux courts, allant dans certains cas jusqu‘à les faire passer en territoire négatif, puis déprimé les taux longs par des achats massifs d‘obligations.

Ce manque de formes reflétait aussi la perspective d‘une faiblesse persistante de la croissance et de l‘inflation, et par conséquent des taux d‘intérêt.

Mais plus récemment, les marchés ont vivement réagi à la perspective d‘une possible inflexion des politiques monétaires.

“Il est apparu à pratiquement tout le monde que l‘aplatissement des courbes de taux avait des effets pervers, en particulier pour les banques, les compagnies d‘assurance et les fonds de pension. Cela ne convient peut-être pas aux banques centrales”, explique Peter Schaffrik, responsable des stratégies “macro” européennes de RBC Capital Markets.

UN AVENIR MEILLEUR ?

“Il est beaucoup trop tôt pour dire qu‘il y a là une tendance qui se dessine. Mais habituellement, des courbes plus pentues reflètent l‘anticipation d‘un avenir meilleur.”

La période récente a été marquée par deux épisodes de pentification rapide des courbes de taux: celui dit du “taper tantrum” en mai 2013, lié à l‘annonce par la Réserve fédérale de son intention de réduire ses achats d‘actifs, et le brusque décrochage du marché obligataire allemand en avril 2015 après un an et demi de hausse quasi-ininterrompue.

L‘un et l‘autre se sont traduits par une nette remontée des taux et une forte pentification des courbes mais ce mouvement a été de courte durée, la tendance à la baisse des taux et à l‘aplatissement des courbes reprenant rapidement le dessus.

Aujourd‘hui, les marchés obligataires et actions évoluent à des plus hauts historiques ou pas loin et les banques centrales semblent de moins en moins enclines à les pousser plus encore à la hausse.

La récente tension sur les taux longs s‘est d‘ailleurs répercutée sur l‘ensemble des marchés. La semaine dernière, Wall Street a accusé sa plus forte baisse hebdomadaire depuis février, l‘indice Vix mesurant la volatilité des marchés actions et souvent présenté comme “l‘indice de la peur” a pratiquement doublé et les cours du pétrole ont chuté de 8%.

“Les marchés obligataires sont tellement dépendants des banques centrales que toute impression, même minime, d‘un changement de leur politique a des effets conséquents”, souligne Steve Barrow, responsable de la stratégie sur les pays du G10 de Standard.

Avec le retour de la déflation au Japon et des anticipations d‘inflation à cinq ans proches de leurs plus bas records aux Etats-Unis et au sein de la zone euro, l‘inflexion des politiques monétaires devrait toutefois rester très graduelle.

Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand

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