13 septembre 2016 / 10:42 / il y a un an

Le Brexit a jeté un froid sur les M&A britanniques

* Nombre et valeur des M&A en baisse depuis le référendum

* Le dossier SoftBank-ARM a dopé le montant global

* Goldman, Lazard et UBS sur le podium des banques conseils

par Guy Faulconbridge, Kate Holton et Andrew MacAskill

LONDRES, 13 septembre (Reuters) - Le vote du 23 juin pour la sortie du Royaume-Uni de l‘Union européenne s‘est traduit par un violent coup de frein à l‘activité des fusions-acquisitions (M&A) impliquant des entreprises britanniques, tombée à son plus bas niveau depuis plus de 20 ans, montrent les données Thomson Reuters.

Des opérations de grande envergure comme l‘offre de 32 milliards de dollars (28,5 milliards d‘euros) du japonais SoftBank sur ARM, première capitalisation du secteur britannique des hautes technologies, pourraient laisser croire que tout va pour le mieux sur le marché des M&A. Mais le tableau général est loin d‘être aussi optimiste.

Le nombre d‘opérations impliquant au moins une entreprise britannique est tombé à 707 au cours des 11 semaines qui ont suivi le vote du Brexit, pour un montant global de 87,43 milliards de dollars, contre 1.060 opérations pour 125,22 milliards sur la période correspondante de l‘an dernier, montre le recensement par Thomson Reuters des opérations en cours ou achevées.

Si la valeur globale des opérations dans lesquelles la cible est britannique a atteint 45,77 milliards, contre 45,66 milliards un an plus tôt, elle bénéficie avant tout du seul dossier ARM. Le nombre d‘opérations impliquant des entreprises britanniques comme le nombre de celles dans lesquelles la cible est britannique sont tombés à leur plus bas niveau depuis au moins 20 ans.

“Cela ne fait aucun doute: l‘activité des M&A a reculé”, a déclaré à Reuters Tim Gee, associé spécialisé du cabinet juridique Baker & McKenzie.

“On observe encore une activité raisonnablement importante générée par des investisseurs étrangers qui investissent au Royaume-Uni mais il y a très peu d‘activité ‘UK-to-UK’”, a-t-il ajouté. “Cette année sera mauvaise, cela ne fait aucun doute.”

LE RACHAT D‘ARM ENJOLIVE LE TABLEAU GÉNÉRAL

Le résultat du référendum du 23 juin a surpris de nombreux investisseurs et dirigeants d‘entreprise tout en déclenchant une crise politique et une chute de la livre sterling.

Depuis, l‘offre de SoftBank sur ARM - annoncée mi-juillet - et des indicateurs économiques meilleurs qu‘attendu ont permis à certains observateurs - dont la nouvelle Première ministre, Theresa May - de se targuer de la confiance des investisseurs dans l‘issue du processus de sortie de l‘UE.

Le rachat d‘ARM par SoftBank représente à lui seul plus d‘un tiers de la valeur globale des M&A depuis le vote de juin.

“L‘opération SoftBank-ARM fausse réellement les données concernant le montant des opérations. Si on exclut SoftBank-ARM, ça a été assez calme”, a déclaré un banquier, qui a requis l‘anonymat car il n‘est pas autorisé à s‘exprimer publiquement.

“Pour une banque, les revenus sont liés au nombre d‘opérations, qui constitue un meilleur indicateur du potentiel de commissions que le volume, en raison de la faiblesse des volumes”, a-t-il ajouté.

Sans SoftBank-ARM, la valeur des M&A impliquant des entreprises britanniques et celle des opérations dans lesquelles la cible est britannique seraient l‘une et l‘autre nettement inférieures aux niveaux de la dernière décennies et proche de leurs plus bas niveaux depuis la crise financière de 2008.

Pourtant, des banquiers notent que les chiffres des trois derniers mois n‘ont pas été aussi mauvais que certains le craignaient au lendemain du référendum. Ils mettent en avant d‘autres opérations importantes annoncées récemment, comme le rachat par le britannique Micro Focus des logiciels de Hewlett Packard Enterprise pour 8,8 milliards de dollars.

“La conclusion, c‘est que l‘activité des M&A au Royaume-Uni est plus soutenue que nous ne l‘avions anticipé après le vote britannique sur l‘UE”, dit Matthew Smith, co-responsable de la banque d‘investissement britannique chez Barclays.

“En nous basant sur ce qu‘on a observé ces trois derniers mois, nous nous attendons à une tendance relativement soutenue pour les M&A”, ajoute-t-il en s‘appuyant sur la dépréciation de la livre sterling et la faiblesse du coût du crédit, deux éléments favorables aux fusions-acquisitions.

D‘AUTRES INCERTITUDES DE TAILLE DANS LES MOIS À VENIR

Du même avis, Eamonn O‘Hare, directeur général de Zegona, une société d‘investissement spécialisée dans le secteur des TMT, estime que “les actifs britanniques sont très vulnérables aux acquisitions internationales à cause de l‘impact de la dépréciation de 20%”.

Le dossier ARM a permis aux banques et aux cabinets de conseil impliqués d‘encaisser plusieurs centaines de millions de dollars de commissions et honoraires, tout en assurant à Goldman Sachs, Lazard et UBS les trois premières places du classement “post-Brexit” des banques conseils en M&A, montrent aussi les données Thomson Reuters.

Les conseils de SoftBank, Raine, Robey Warshaw et Mizuho Securities, sont quatrièmes ex aequo, là encore grâce à ARM.

Les chiffres britanniques sont à replacer dans le contexte de la baisse des M&A à l‘échelle mondiale après une année 2015 faste, marquée entre autres par l‘offre de plus de 100 milliards de dollars d‘Anheuser-Busch InBev sur SABMiller .

Sur les huit premiers mois de cette année, l‘activité globale des M&A a reculé à 2.200 milliards de dollars pour 28.720 opérations, contre 2.900 milliards et 30.894 opérations sur janvier-août 2015.

Pour les mois à venir, d‘autres incertitudes politiques risquent de freiner l‘activité, de la présidentielle américaine aux scrutins français et allemand de 2017 en passant par la faiblesse de la croissance en zone euro et par le risque terroriste, estiment des banquiers.

“Il est trop tôt pour dire à quoi ressemblera 2017”, estime le banquier senior qui a requis l‘anonymat. “Pour les entreprises de taille moyenne, il y a un bon flux de dossiers au Royaume-Uni. La grande inconnue concerne les grosses opérations, qui représentent le risque le plus élevé et nécessitent la confiance la plus solide.”

Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique Tison

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