30 août 2016 / 14:22 / il y a un an

La banque centrale suisse accélère ses achats d'actions

* Un portefeuille actions de CHF 127 mds

* Hausse de 41% des actifs en actions en un an

* Une stratégie de diversification pour réduire les risques

* Graphique sur les investissements de la BNS:

* tmsnrt.rs/2bQHE10

par John Revill

ZURICH, 30 août (Reuters) - La Banque nationale suisse (BNS) détient plus d'actions ordinaires Facebook que Mark Zuckerberg, le fondateur du réseau social, au titre de son portefeuille d'actions qui devrait continuer à croître, estiment des analystes.

La banque centrale suisse se classe désormais au huitième rang des plus importants investisseurs publics, montrent des données du Forum des institutions monétaires et financières officielles, rançon de sa politique d'investissement des dollars, euros et yens qu'elle a accumulés pour freiner l'appréciation du franc suisse.

Si la plupart des analystes jugent cette stratégie judicieuse, elle expose toutefois la BNS aux risques des fluctuations des marchés boursiers que d'autres banques centrales comme la Banque centrale européenne (BCE) ou la Réserve fédérale américaine prennent soin d'éviter.

"La BNS est un peu coincée. Elle a acheté beaucoup de devises afin d'affaiblir le franc et elle doit les investir quelque part", relève Alessandro Bee, économiste de la banque UBS. "Le marché obligataire est asséché et elle se tourne de plus en plus vers les actions."

En dépit des risques, le portefeuille d'actions de la BNS a crû à un rythme deux fois plus rapide que l'augmentation de la taille de son bilan.

Au cours des 12 derniers mois, ses avoirs en actions ont bondi de 41% à 127 milliards de francs suisse (116 milliards d'euros), selon les calculs effectués par Reuters.

Wall Street est le marché de prédilection de la BNS dont le portefeuille d'actions américaines atteignait près de 62 milliards de dollars à la fin juin contre 38,6 milliards un an auparavant, selon un document de la Securities and Exchange Commission, l'autorité de régulation des marchés financiers américains.

Il inclut 741 millions de dollars d'actions Facebook, ce qui représente 0,28% des actions ordinaires du réseau social dont le directeur général Mark Zuckerberg n'en détient que 0,17% tout en ayant le contrôle via des actions préférentielles.

La BNS a augmenté sa participation dans chacune de ses dix principales lignes d'actions américaines alors que de grands investisseurs institutionnels les ont réduites. A titre d'exemple, la participation de la BNS dans le capital d'Apple a augmenté de 1,07 million d'actions au deuxième trimestre au cours duquel Invesco et Fidelity en ont vendu 9,53 millions et 9,23 millions respectivement, selon des documents règlementaires.

DE L'ARGENT OU DU VENT?

La BNS ne communique pas sur sa stratégie d'investissement, déclarant seulement qu'elle ne sélectionne pas de valeurs mais investit dans des entreprises conformément à leur pondération dans différents indices boursiers de référence. Les investissements sont gérés par une équipe en interne avec l'aide de banquiers-conseils, dont la BNS ne communique pas les noms.

Andrea Mächler, membre du directoire de la BNS, a dit cette semaine, dans un entretien au Sonntagsblick, que la banque centrale n'investissait pas dans des banques grandes ou de taille moyenne pour éviter les conflits d'intérêt et qu'elle évitait d'autres types d'actions pour des raisons éthiques.

La banque centrale suisse est un investisseur essentiellement passif qui a toutefois commencé il y a un an à voter par procuration sur des questions de gouvernance comme la rémunération de dirigeants ou la structure des organes de direction.

Les analystes s'attendent à ce qu'elle poursuive ses achats d'actions avec le maintien des pressions à la hausse sur le franc suisse alors que les obligations - le support d'investissement traditionnel des banques centrales - sont devenues de plus en plus risquées avec les programmes d'achat massifs des banques centrales et le passage en territoire négatif des rendements sur des pans entiers des courbes de taux.

"C'est une stratégie de diversification pour eux et il est difficile de trouver des opportunités d'investissement. Dans l'environnement actuel de taux d'intérêt ultra-bas, le risque est élevé que les cours des obligations varient plus que ceux des actions", prévient Alexander Koch, responsable des études macroéconomiques de Bank Raiffeisen.

La BNS a commencé à acquérir des actions en 2005 après une modification de la législation bancaire suisse l'autorisant à détenir d'autres actifs que des bons du Trésor.

Près de 20% des 635 milliards de francs suisses de réserves de change de la BNS sont désormais investis en actions, contre 17% en 2015 et 10% en 2010.

"Il y a une logique pour la BNS à faire cela et l'on pourrait imaginer qu'elle augmente encore le montant des actions qu'elle détient dans le futur", a dit Koch. "Elle pourrait même aller jusqu'à 50% de ses avoirs."

Le portefeuille actions de la BNS a toutefois accusé une moins-value de 200 millions de francs au premier semestre 2016 tout en lui rapportant 1,7 milliard de francs sous forme de dividendes.

"Les actions ont sans aucun doute une volatilité plus élevée que d'autres classes d'actifs et cela peut se traduire par des pertes à court terme", note Nannette Hechler-Fayd'herbe, responsable de la stratégie d'investissement de Credit Suisse.

Après examen de l'allocation du portefeuille actions de la banque centrale, elle juge toutefois les risques "tout à fait gérables", estimant que la diversification du portefeuille d'investissements de la banque est plus importante qu'un éventuel recul temporaire des marchés actions.

La BNS n'est pas tenue de dégager un bénéfice dans le cadre de son double mandat consistant à assurer la stabilité des prix et à soutenir le développement de l'économie helvète.

Sa stratégie ne fait toutefois pas l'unanimité même si elle a dégagé un bénéfice net de 21,3 milliards de francs au premier semestre 2016.

"La BNS crée des francs suisses avec le bon air des Alpes... simplement par un jeu d'écriture", estime James Grant, éditeur de la lettre d'informations financières spécialisée Grant's Interest Rate Observer.

"Ensuite, elle appelle ses courtiers et fait son marché à Wall Street", a-t-il dit au quotidien suisse Finanz und Wirschaft. "Elle prend des participations dans d'importantes entreprises du S&P qui font de vrais profits et elle fait cela avec de l'argent qui a été créé à partir de rien."

avec Timothy McLaughlin, Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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