La BCE devra agir si la zone euro ne réforme pas assez-Coeuré

mardi 23 août 2016 15h16
 

GENEVE, 23 août (Reuters) - Si les pays membres de la zone euro négligeaient de mettre en oeuvre une réforme structurelle et budgétaire indispensable, la Banque centrale européenne (BCE) risquerait d'être dans l'obligation d'assouplir à nouveau sa politique monétaire pour tenter d'atteindre son objectif d'inflation, a déclaré mardi Benoît Coeuré, membre du directoire de l'institut d'émission.

La croissance s'accélère mais la reprise n'est pas aussi dynamique que la BCE le souhaiterait et les politiques budgétaires ne sont pas à la hauteur des efforts qu'elle a consentis, a expliqué Coeuré, lors d'une conférence.

La BCE a abaissé ses taux directeurs radicalement - le taux de refinancement est nul et celui des dépôts négatif - et elle fournit aux banques des crédits aux conditions très généreuses tout en rachetant tous les mois pour 80 milliards d'euros d'actifs, le tout dans le but affiché de relancer l'inflation et la croissance du secteur privé.

Mais l'inflation reste à peine supérieure à zéro et le chômage demeure élevé; dans ces conditions, "si rien ne se passe (en matière de réformes), alors la banque centrale risque de devoir faire plus", a observé Coeuré.

Toutefois, a-t-il poursuivi, de nouvelles initiatives de la BCE ne seraient pas dénuées d'effets secondaires. Les banques, courroie de transmission de la politique de la BCE, pâtissent de l'environnement de taux ultra-bas voire négatifs, tandis que les achats massifs de la banque centrale font craindre l'apparition de bulles spéculatives.

"Quoi que nous fassions, il y a des effets secondaires, un possible risque à venir pour la stabilité financière", a prévenu Coeuré. "Jusqu'à présent, nous avons atténué, géré, réduit ces risques".

Des chiffres relativement rassurants sur la croissance publiés depuis le référendum britannique du 23 juin, qui a consacré la victoire du camp du Brexit, font qu'il n'y a aucune urgence à agir pour la BCE, ce qui lui laisse le temps de réfléchir à d'éventuelles nouvelles mesures, peut-être jusqu'à sa réunion de décembre.

Son programme de rachats d'actifs mensuels, dit d'assouplissement quantitatif (QE), arrivera à son terme en mars 2017 et pour les investisseurs, la BCE doit décider d'ici décembre si elle le prolonge au-delà de cette date ou si elle commence à s'en dégager progressivement.

(Stephanie Nebehay et Balazs Koranyi, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand)