La Cnil appelle à ne pas se tromper de cible sur le chiffrement

lundi 22 août 2016 17h00
 

PARIS, 22 août (Reuters) - La présidente de la commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) appelle le gouvernement, dans une tribune publiée lundi par Le Monde, à ne pas se tromper de cible dans la lutte anti-terroriste en s'attaquant au chiffrement des données.

La France a annoncé mi-août son intention de porter avec l'Allemagne une initiative européenne, puis internationale, sur le chiffrement des communications, accusé par ses détracteurs d'entraver la lutte contre le terrorisme.

La question des données cryptées, ravivée après chaque attentat, sera au coeur de la rencontre prévue mardi à Paris entre le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve et son homologue Thomas de Maizière.

Dans leur collimateur, les services de messagerie électronique chiffrée, comme l'application Telegram utilisée par des membres de l'Etat islamique et un des tueurs du père Jacques Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime).

"L'idée peut paraître séduisante", estime Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Cnil, qui co-signe cette tribune. "Il n'est pas question de nier qu'un chiffrement robuste peut compliquer le travail des enquêteurs, surtout lorsqu'il s'opère de bout en bout."

"Néanmoins, c'est sans compter l'importance de la cryptographie pour notre sécurité en ligne", ajoute-t-elle. "Chaque jour, le chiffrement protège des milliards d'individus contre des cybermenaces qui se font toujours plus redoutables."

"C'est grâce au chiffrement que nous pouvons effectuer un virement bancaire en toute sécurité", poursuit-elle. "C'est grâce au chiffrement que nous pouvons stocker nos données de santé dans un dossier médical partagé (DMP) en ligne. C'est également grâce à cet outil que les investigations sur les 'Panama Papers' ont été possibles."

Le débat sur l'accès aux données cryptées des smartphones n'est pas nouveau. L'an dernier, quatre responsables européens et américains de la lutte contre la criminalité et le terrorisme s'étaient élevés contre les mesures de chiffrement des données par Apple et Google, estimant qu'elles compliquaient la protection de la population contre les crimes.

"La tentation peut être forte de privilégier notre désir de sécurité au détriment de notre économie et des autres fondements qui ont fait et font de la France un pays à l'avant-poste des libertés : le respect des droits fondamentaux et de notre État de droit", souligne la présidente de la Cnil.

"Plutôt qu'un empilement de mesures, prises dans l'urgence et sous le coup de l'émotion, l'ampleur de ces transformations devrait nous imposer une réflexion globale et collective", ajoute-t-elle. (Marine Pennetier, édité par Emmanuel Jarry)