Le Japon ne pratique pas la "monnaie hélicoptère", en théorie

vendredi 19 août 2016 11h10
 

par Leika Kihara

TOKYO, 19 août (Reuters) - Si la Banque du Japon (BoJ) assure ne pas avoir recours à la "monnaie hélicoptère", ce qui est vrai d'un strict point de vue théorique, sa politique ressemble en pratique de plus en plus à une forme de monétisation de la dette alors que l'Etat s'apprête à augmenter ses émissions d'obligations à très long terme.

La BoJ affirme que tant qu'elle se contente de racheter la dette souveraine du pays sur le marché, elle ne finance pas directement les dépenses engagées par le gouvernement.

Cette distinction a toutefois tendance à s'estomper à mesure que les investisseurs ne participent aux adjudications obligataires que pour revendre immédiatement ces titres à la banque centrale nippone afin d'encaisser des bénéfices, un type d'opérations désormais baptisé "le commerce de la BoJ".

"La BoJ achète désormais l'intégralité des 30.000 milliards de yens (265 milliards d'euros) de nouvelles obligations émises par l'Etat tous les ans. Dans un sens, cela a le même effet que la monnaie hélicoptère", dit Etsuro Honda, ancien conseiller spécial du gouvernement et proche collaborateur du Premier ministre Shinzo Abe.

L'expression "monnaie hélicoptère" désigne le phénomène par lequel une banque centrale finance directement les dépenses publiques en garantissant les émissions obligataires. Elle a été formulée par l'économiste américain Milton Friedman et popularisée par Ben Bernanke, avant que celui-ci ne devienne président de la Réserve fédérale, dans un discours en 2002 pour évoquer les moyens de lutter contre la déflation.

Certains économistes redoutent néanmoins qu'une telle politique n'ait des effets incontrôlables en termes d'inflation et de dépréciation de la monnaie.

La Banque du Japon a ajouté cette année des taux négatifs à son arsenal d'"assouplissement quantitatif et qualitatif" déployé en 2013, qui lui permet d'imprimer 80.000 milliards de yens tous les ans via des achats massifs de titres sur les marchés. Elle s'est engagée à poursuivre dans cette voie jusqu'à ce que l'inflation atteigne son objectif de 2%.

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