LEAD 1-France-La croissance au point mort au deuxième trimestre

vendredi 29 juillet 2016 13h03
 

* Croissance nulle au T3, celle du T2 relevée à +0,7%
    * Les grèves ont pesé sur la production
    * Stagnation de la consommation et recul de l'investissement
des entreprises
    * Les économistes plutôt rassurants sur l'objectif de 1,5%
en 2016

 (Actualisé avec commentaires d'économistes)
    par Myriam Rivet
    PARIS, 28 juillet (Reuters) - L'économie française a stagné
au deuxième trimestre, accusant le contrecoup de son début
d'année très vigoureux et les effets des perturbations liées au
mouvement contre le projet de loi travail, sans que cela remette
en cause le scénario d'une croissance proche de 1,5% en 2016,
estiment les économistes. 
    Car l'Insee a relevé dans le même temps la croissance du
premier trimestre à 0,7%, contre 0,6% annoncé précédemment. Et
l'acquis pour 2016, à savoir le niveau du PIB si la croissance
des deux derniers trimestres était nulle, reste à 1,1%.
    La première estimation du PIB pour avril-juin s'avère
inférieure aux prévisions des économistes interrogés par Reuters
et de la Banque de France (à +0,2% dans les deux cas), ainsi
qu'à la dernière prévision de l'Insee, publiée mi-juin, qui se
situait à +0,3%.
    Dans un communiqué, le ministre des Finances Michel Sapin
reconnaît que le chiffre est "décevant".
    Mais "au-delà des à-coups d'un trimestre à l'autre,
l'économie française reste sur une dynamique de reprise qui ne
remet pas en cause la prévision de croissance de 1,5% en 2016",
déclare-t-il. 
    Ce diagnostic est partagé par Axelle Lacan, économiste de
l'institut COE-Rexecode, pour qui, "avec un acquis de 1,1%, cela
semble faisable."
    Michel Martinez, économiste zone euro chez Société Générale
CIB, juge également qu'"il n'y a pas de raison de s'inquiéter
d'un retournement de croissance", même s'il souligne que "pour
atteindre 1,5% en moyenne en 2016, il faudra 0,55% de croissance
au 3e comme au 4e trimestres." 
    Les deux rappellent que ce contrecoup était attendu après un
premier trimestre très dynamique, même si le freinage a été plus
marqué que prévu.     
     La contribution de la demande intérieure finale à la
croissance du trimestre a ainsi été nulle et celle de la
variation des stocks des entreprises lui a coûté 0,4 point,
seule celle du commerce extérieur, redevenue positive (0,3
point), lui permettant de sauver les meubles.
    L'arrêt des raffineries en raison de mouvements sociaux en
mai et juin a pénalisé au printemps la production de biens
manufacturés (1,0%), se répercutant sur la production totale de
biens et services (-0,2%).
    Mais de façon plus surprenante, la consommation des ménages,
qui avait bondi de 1,2% au premier trimestre, a stagné, tant
pour les biens (0,0%) que pour les services (-0,1%), bien que
l'Insee ait signalé des dépenses en énergie toujours
vigoureuses.
    Cette consommation maussade s'est notamment reflétée dans
les résultats de L'Oréal, le géant des cosmétiques ayant indiqué
vendredi que la France lui avait coûté un point de croissance
pour ses ventes globales au deuxième trimestre.    
    
    EFFET ATTENTAT ?
    Il n'est pas garanti que le moteur traditionnel de
l'économie française reparte à plein au troisième trimestre,
dans un environnement marqué par une série d'attentats
islamistes, dont l'attaque au camion qui a fait 84 morts le 14
juillet à Nice.        
    "Les attentats avaient jusque là un effet temporaire sur la
consommation des ménages, donc sur l'économie () mais là il y a
un aspect répétitif qui va commencer à pénaliser plus
durablement l'économie via notamment la hausse des coûts liés à
la sécurité pour les entreprises", précise Axelle Lacan. 
    L'investissement global s'est contracté de 0,4% après trois
trimestres de forte hausse, celui des entreprises reculant de
0,2%. Il avait bondi de 2,1% au 1er trimestre à l'approche de
l'expiration du dispositif fiscal de "suramortissement" des
investissements productifs qui a été finalement prorogé d'un an.
    Même si les économistes n'anticipent pas de rebond marqué de
l'investissement des entreprises au cours de l'été, ils ne
prévoient pas pour autant que celui-ci soit affecté par la
perspective du "Brexit".
    "Les enquêtes de juillet sur le climat des affaires n'ont
pas montré d'impact majeur du Brexit en France, contrairement à
ce qu'on a pu observer en Allemagne", a relevé Axelle Lacan.
  
    De son côté, François Letondu (Société générale) estime que
l'impact du Brexit sur la croissance se manifestera
principalement via les exportations vers le Royaume-Uni et
épargnera la confiance des entreprises françaises, d'autant plus
qu'elles bénéficient de conditions de financement très
favorables et évoluent avec un système bancaire solide. 
    Globalement, ces deux économistes anticipent une
réaccélération très progressive au deuxième semestre qui
conforterait l'objectif gouvernemental pour l'année.
    "On reste sur une tendance de reprise modeste mais qui est
quand même meilleure que ce qu'on connaissait au cours des
années précédentes", souligne François Letondu. 
    "En 2015 on a eu exactement la même situation, c'est normal
qu'une économie qui est relativement ouverte, qui fait face à
des chocs notamment extérieurs assez importants (comme la baisse
des prix du pétrole) connaisse des taux de croissances assez
volatils", a-t-il estimé. 
    
    Statistiques détaillées sur le site de l'Insee :
    bit.ly/2aBBdRi     
        
 Les indicateurs français en temps réel                 
 Les indicateurs de la zone euro en temps réel          
 Le point sur la conjoncture française                  
 
 (Edité par Yann Le Guernigou)