Allemagne-Un tribunal bloque une fusion, revers pour Gabriel

mardi 12 juillet 2016 18h09
 

par Matthias Inverardi et Gernot Heller

DUSSELDORF, 12 juillet (Reuters) - Un tribunal de Dusseldorf a invalidé mardi une décision du ministre de l'Economie Sigmar Gabriel qui autorisait Edeka, première chaîne de supermarchés allemande, à racheter les épiceries Kaiser's, propriété du groupe de distribution Tengelmann.

Sigmar Gabriel avait donné son blanc seing à la fusion en mars, pour autant qu'aucun emploi ne soit supprimé. Mais pour la cour, qui fustige le "manque de neutralité du ministre" et sa "partialité", protéger l'emploi n'est pas équivalent à protéger l'intérêt général.

Sigmar Gabriel était lui-même passé outre une décision de l'Office des cartels qui déclarait nulle la fusion l'an dernier. L'organisme de défense de la concurrence estimait que la fusion restreindrait la concurrence dans les grandes villes allemandes et aboutirait à une hausse des prix .

Le ministre social-démocrate (SPD) craint que la décision du tribunal ne soit synonyme de pertes d'emplois et ne pousse Tengelmann à céder des points de vente.

"Je déplore vraiment cette décision car elle induit le danger latent de pertes d'emplois et de voir les actifs de Tengelmann liquidés", a dit Sigmar Gabriel à Reuters, ajoutant que l'accuser de partialité était "absurde".

Karl-Erivan Haub, le patron de Tengelmann, a laissé entendre que le jugement risquait de signifier la fin de la chaîne déficitaire Kaiser's, laquelle emploie 16.000 salariés, encore qu'un appel reste possible.

Edeka, Rewe, Aldi et le groupe Schwarz, propriétaire de la chaîne Lidl, représentent 85% d'un marché allemand dont la part détenue par Kaiser's n'est que de 0,6%.

"La partialité évoquée par le tribunal, aucune des parties concernées n'en a manifesté la moindre trace", explique le ministre de l'Economie dans un communiqué, ajoutant qu'il était incompréhensible que la cour n'ait pas jugé que les droits des salariés relevaient de l'intérêt général.

Le ministère a dit qu'il étudierait le jugement et les suites à y donner.

Edeka, qui réalise un chiffre d'affaires annuel de 48,4 milliards d'euros, a déclaré qu'il examinait les recours possibles. (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny)