29 juin 2016 / 16:41 / il y a un an

LEAD 1-Rome priée de ne pas se servir du Brexit pour aider ses banques

(Actualisé avec déclarations de Renzi, Merkel, précisions)

par Francesco Guarascio

BRUXELLES, 29 juin (Reuters) - L'Allemagne et la Commission européenne ont invité mercredi l'Italie à respecter les règles communautaires en raison de l'intention prêtée au gouvernement de Matteo Renzi d'apporter une aide financière au secteur bancaire italien pour faire face aux turbulences provoquées par le vote de la Grande-Bretagne en faveur d'une sortie de l'Union européenne.

Rome craint que les banques italiennes, qui ploient déjà sous 360 milliards d'euros de créances douteuses, un tiers du total de la zone euro, ne soient attaquées par des fonds spéculatifs alors que leur valeur boursière s'est effondrée depuis le vote britannique.

Des sources bancaires et gouvernementales ont déclaré lundi à Reuters que les autorités italiennes se préparaient à venir à la rescousse du secteur bancaire en réclamant davantage de souplesse de la part de l'Union européenne aussi bien en matière de dépenses publiques que d'aides de l'Etat.

Une telle initiative risquerait de heurter l'Allemagne, qui défend un strict respect des règles, notamment budgétaires.

"Au sujet de l'union bancaire, nous avons établi des règles spécifiques en ce qui concerne la mise en liquidation des banques et la recapitalisation des banques", a déclaré Angela Merkel lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet européen à Bruxelles, le premier depuis le vote britannique en faveur du Brexit.

"On ne peut pas avoir de nouvelles règles tous les deux ans", a ajouté la chancelière allemande.

Un responsable européen avait auparavant déclaré à Reuters que la Commission, chargée de veiller au respect des règles financières et de concurrence au sein de l'UE, se tenait prête à aider le secteur bancaire italien en Italie mais n'avait pas approuvé les projets de Rome.

"La Commission est prête à apporter son aide mais, jusqu'à présent, elle n'a pas été convaincue par ce qu'a proposé l'Italie", a dit ce responsable.

RENFORCER LE FONDS ATLANTE?

Les règles européennes n'autorisent un Etat membre à fournir une aide financière à ses banques qu'en cas de situation exceptionnelle.

"Les Italiens peuvent-ils vraiment prouver qu'il y a un risque systémique provoqué par le vote britannique? Je ne sais pas", a poursuivi ce responsable européen.

"Il y a un impact particulier sur les banques, c'est vrai, mais chacun à travers le monde a été touché, pas seulement l'Italie", a-t-il ajouté.

Matteo Renzi s'est pour sa part déclaré convaincu de la capacité de son gouvernement à protéger l'épargne des Italiens dans le cadre réglementaire actuel.

Il a assuré que le secteur bancaire italien n'était confronté à aucune urgence et que Rome ne réclamait aucun changement de règle.

"La question de nos banques n'est pas à l'ordre du jour, personne ne demande de modifier les règles", a dit le président du Conseil à la presse à la sortie du sommet européen.

Matteo Renzi a discuté de la situation des banques italiennes mardi, en marge de ce sommet, avec le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le vice-président Valdis Dombrovskis, qui va prendre la responsabilité des services financiers dans l'UE en juillet en remplacement du Britannique Jonathan Hill.

Le chef du gouvernement italien a jugé mercredi que le nouveau fonds de soutien aux banques créé récemment en Italie avec de l'argent versé par les établissements eux-mêmes pouvait encore être renforcé.

Ce fonds Atlante est destiné à soutenir les banques lorsqu'elles désirent lever des capitaux ou se délester de créances douteuses. Ses ressources ont toutefois été déjà largement entamées avec l'échec des appels au marché de Banca Popolare di Vicenza en mai puis de Veneto Banca ce mois-ci.

Le responable européen a exprimé ses doutes sur une nouvelle mise à contribution des banques. "La question est de savoir qui va injecter de l'argent. Au bout d'un moment, le secteur bancaire risque d'être épuisé. Il y a des limites", a-t-il dit. (Avec Gavin Jones et Isla Binnie à Rome, Noah Barkin à Bruxelles; Bertrand Boucey pour le service français, édité par Marc Joanny)

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