June 23, 2016 / 1:42 PM / in a year

En Espagne, Podemos veut bouleverser le paysage de la gauche

5 MINUTES DE LECTURE

* Les Espagnols aux urnes dimanche pour la 2e fois en six mois

* La coalition Unidos Podemos devant le PSOE dans les sondages

* Aucune majorité ne de dessine au Parlement

* Les socialistes au centre de la stratégie de Podemos

par Sarah White

CORDOUE, Espagne, 23 juin (Reuters) - Sondage après sondage, la perspective de voir Unidos Podemos ravir dimanche au Parti socialiste espagnol (PSOE) sa place de chef de file de la gauche espagnole apparaît de plus en plus nette et la montée en puissance de la formation anti-austérité laisse craindre qu'une nouvelle fois, aucune majorité ne se dessine au Parlement.

S'inspirant de la Grèce, où le parti de la gauche radicale Syriza du Premier ministre Alexis Tsipras a relégué les socialistes du Pasok au rang d'observateurs, Pablo Iglesias, le dirigeant de la coalition Unidos Podemos, espère affaiblir considérablement le PSOE et le priver de toute chance de diriger un gouvernement.

Conscients du caractère historique de cette opportunité, les militants d'Unidos Podemos (Ensemble, nous pouvons) arpentent les régions où les scores risquent d'être les plus serrés pour arracher, siège par siège, cette place de deuxième formation politique espagnole qui, selon les sondages, leur tend les bras.

A Cordoue, Lorenzo Molina, libraire au chômage de 57 ans et électeur communiste de toujours, n'attend que cela, priant pour qu'arrive la "sorpasso", le jour de l'éclipse des socialistes.

"L'heure est venue de mettre les choses au clair", dit-il.

"Les socialistes ont dirigé nos institutions pendant des années", rappelle le militant, entouré de partisans de la coalition Unidos Podemos.

Parachutage

Créé en 2014 dans la foulée du mouvement des Indignados qui refusaient les mesures d'austérité, Podemos est arrivé en décembre en troisième position, derrière le Parti populaire (PP, droite) et le PSOE, s'octroyant 69 des 350 sièges de la chambre basse du Parlement.

Podemos s'est allié en mai à d'autres composantes de la gauche espagnole, dont Izquierda Unida, héritière du Parti communiste et les derniers sondages accordent à cette alliance entre 84 et 95 sièges aux élections de dimanche.

Parallèlement, le PSOE qui en avait obtenu 90 en décembre, risque de voir sa représentation tomber à un niveau compris entre 78 et 85 sièges, une situation inédite depuis le retour de la démocratie, privant le Parlement de majorité stable.

Pour éviter un troisième scrutin, le PSOE serait alors contraint de former une coalition avec l'extrême gauche qui souhaite le voir disparaître ou de permettre la formation d'un gouvernement minoritaire dirigé par le PP au risque de se couper davantage de son électorat.

Dans la circonscription de Cordoue, l'une de celles où le scrutin sera le plus disputé, Unidos Podemos jette toutes ses forces dans la bataille. En se fiant aux résultats de décembre, la coalition anti-austérité a besoin de 3.000 bulletins de vote supplémentaires pour obtenir deux sièges sur les six en lice.

Dans ce vieux bastion socialiste, Unidos Podemos cherche surtout à obtenir une victoire symbolique. Et pour mettre toutes les chances de son côté, Pablo Iglesias y a parachuté son mentor politique, Manuel Monereo, chargé de diriger la liste de la coalition à Cordoue.

Pacte Avec Le Diable

Unidos Podemos mène également campagne dans les zones rurales où le PSOE est traditionnellement fort, ratissant chaque village, quitte à laisser de côté les grandes villes du pays, Madrid ou Barcelone par exemple.

Face à cette stratégie qui les vise sans les nommer, les socialistes ont passé la majeure partie de leur campagne à expliquer à leur électorat pourquoi il ne doit pas basculer dans le camp d'Unidos Podemos, laissant leur programme en sourdine.

"Avec Unidos Podemos, ce n'est qu'une question d'image. Leur discours passe bien à la télévision, mais c'est tout", a affirmé Juan Pablo Duran, dirigeant du PSOE andalous, lors d'un rassemblement socialiste.

En dépit des déclarations de son dirigeant qui se dit prêt à s'allier aux socialistes pour déloger le président du gouvernement Mariano Rajoy, l'objectif principal de Podemos ne serait pas de gouverner mais de détruire le PSOE, disent des observateurs de la vie politique espagnole.

Et pour ce faire, une "grande coalition" entre les conservateurs et les socialistes ou un gouvernement minoritaire du PP soutenu par le PSOE serait une bénédiction pour Podemos.

"Les socialistes ont un choix très clair: soit ils nous soutiennent, soit ils décident de se suicider en participant à une grande coalition", souligne sous le sceau de l'anonymat un haut responsable d'Unidos Podemos.

Or, cette hypothèse prend de l'épaisseur chez certains dirigeants socialistes qui jugent qu'une alliance avec Podemos reviendrait à conclure un pacte avec le diable et que la tenue d'un nouveau scrutin fragiliserait la reprise économique. (Nicolas Delame pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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