Un Brexit serait la fin de la défense européenne, estime Airbus

jeudi 23 juin 2016 10h56
 

PARIS, 23 juin (Reuters) - Une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE) marquerait la fin de l'ambition de construire une politique de défense à l'échelle de l'UE, a estimé jeudi le responsable de la stratégie d'Airbus Group .

"C'est la fin", a tranché Marwan Lahoud, interrogé sur cet enjeu lors d'une conférence organisée par le cabinet d'avocat Clifford Chance sur le thème "Brexit, le lendemain du vote".

Contrairement à l'Otan, qui organise une défense commune des frontières des Etats qui forment cette alliance, les politiques de défense au sein de l'Union visent à créer au cas par cas, et entre pays volontaires seulement, des capacités opérationnelles communes ou des programmes d'armement.

Pour le dirigeant du groupe européen d'aéronautique et de défense, l'idée selon laquelle la coopération militaire entre les Etats européens et le Royaume-Uni serait préservée en cas de Brexit est fausse.

"Je suis convaincu du contraire", a-t-il lancé, rappelant qu'il était déjà très difficile d'arriver à de véritables coopérations dans ce domaine en étant déjà dans une union politique.

"S'il n'y a plus le substrat économique et politique qu'est l'Union européenne aujourd'hui, ce n'est même pas la peine d'espérer", a-t-il ajouté, évoquant un peu plus tard sa frustration après l'échec de la fusion de son groupe avec le britannique BAE Systems en 2012.

Les divergences entre les gouvernements britannique français et allemand sur les conditions pour créer un champion européen de la Défense ont été jugées largement responsables de l'échec du rapprochement.

Au-delà du dossier militaire, Marwan Lahoud a également dit que son groupe souffrirait beaucoup en cas de divorce de la Grande-Bretagne avec l'UE.

"Pour un groupe comme Airbus, le Royaume-Uni est fondamental, je cite un ancien ambassadeur du Royaume-Uni à Paris : Airbus sans le Royaume-Uni ce se serait qu'un bus", a-t-il fait valoir, rappelant que les ailes des avions sont construites au Pays de Galles.

Dans le cas où un Brexit se concrétiserait dans les urnes, le dirigeant a mis en garde contre l'idée de mettre en place des barrières douanières.

"Si à chaque fois qu'il y a un morceau de métal qui traverse la Manche, et il y en a, il y a une taxe, évidemment la compétitivité d'Airbus, elle est par terre". (Julien Ponthus, édité par Jean-Michel Bélot)