June 8, 2016 / 9:47 AM / a year ago

LEAD 2-La BCE achète des titres "corporate" pour relancer l'inflation

6 MINUTES DE LECTURE

(Actualisé avec des précisions, citation)

par Balazs Koranyi et Laura Benitez

LONDRES, 8 juin (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) a acheté mercredi des obligations d'entreprises des secteurs des services aux collectivités ("utility"), de l'assurance et des télécoms, s'employant à les inciter à emprunter et à dépenser pour relancer la croissance et l'inflation de la zone euro.

Selon les traders, la BCE était présente sur le marché secondaire avec en particulier un intérêt manifesté pour du papier à cinq ans émis par une "utility", selon IFR, un service de Thomson Reuters.

Des investisseurs ont dit que l'institut d'émission semblait acheter du papier émis par l'assureur Generali et des obligations à 10 ans de l'opérateur télécoms Telefonica , par tranches de trois à cinq millions d'euros.

Des sources ont dit que la BCE avait également acheté du papier à cinq ans émis par le français Engie.

Telefonica, Engie et Generali sont des émetteurs réguliers sur le marché obligataire et leurs encours sont respectivement de 31 milliards, 22 milliards et 13 milliards d'euros, selon des données Eikon.

"Je pense toutefois que nous avons déjà intégré l'essentiel des variations de prix", a dit un gérant de syndicat. "Ce qui sera surtout intéressant, c'est de voir s'il y a des divergences au sein des secteurs, suivant que la BCE achète l'un et non l'autre".

Des précisions officielles sur les rachats de la BCE seront données le 18 juillet lorsque les banques centrales nationales publieront les registres de leurs avoirs obligataires.

"Le marché n'a pas encore totalement intégré les informations mais c'est bien que la BCE y soit allée franco. Après tout ce battage, on aurait été déçu si elle avait été timide. Cela dit, l'épreuve de vérité sera lorsqu'on aura du papier primaire dans le tas", a dit un autre intervenant.

Cet élargissement du programme d'assouplissement quantitatif (QE) de 1.740 milliards d'euros risque de se heurter à plusieurs obstacles, et notamment au fait que l'encours des titres éligibles à ses achats, s'il représente 500 à 600 milliards d'euros, tend à être dominé par les émetteurs français et néerlandais, qui disposent déjà d'un accès facile au crédit et ne bénéficieront donc qu'à la marge du nouveau programme.

Le succès de ce "programme d'achats de titres du secteur des entreprises" (corporate sector purchase programme, CSPP) dépendra donc en grande partie de la capacité de la BCE à attirer de nouveaux émetteurs et à favoriser la transmission de la baisse des coûts d'emprunt à des pays tels que l'Italie et l'Espagne, où le financement reste relativement onéreux.

Prudence Au début

Depuis que la BCE a annoncé en mars son intention d'acheter de la dette "corporate", les émissions de ce segment du marché obligataire se sont multipliées pour dépasser les 110 milliards d'euros, selon des données d'IFR.

"A ce stade, la BCE elle-même ne connaît sans doute pas avec certitude le montant qu'elle sera en mesure d'acheter", explique Michal Jezek, analyste de Deutsche Bank. "On pourrait par exemple avoir des mois animés, avec neuf à dix milliards d'euros d'achats, et d'autres, comme août, à un ou deux milliards, avec la majeure partie des mois entre les deux."

Il prévoit des volumes d'émissions sans précédent cette année sur le marché de la dette euro, avec 250 milliards d'euros d'émissions brutes et plus de 100 milliards d'émissions nettes, dont la moitié environ du montant net pour les émissions d'obligations "corporate", à la faveur des achats de la BCE.

La banque centrale ne se fixera aucun objectif d'achat de dette d'entreprise et elle devrait les entamer prudemment, se réservant la possibilité d'accélérer le mouvement par la suite. Des sources proches de la banque centrale ont déclaré à Reuters que la BCE serait satisfaite si elle atteignait cinq à dix milliards d'achats mensuels en suscitant de nouvelles émissions.

Si ses espoirs étaient déçus ses achats pourraient être plus réduits, certaines sources évoquant une fourchette de deux à trois milliards d'euros mensuels.

Ces montants sont à comparer aux 80 milliards d'euros d'actifs, très majoritairement des emprunts d'Etat, rachetés mensuellement par la BCE, rythme qui doit être maintenu au moins jusqu'en mars 2017, même si la faiblesse persistante de l'inflation risque, pour beaucoup d'observateurs, de la contraindre à aller au-delà de cette échéance.

Une prolongation qui ne serait pas non plus dénuée de risques puisqu'elle pourrait se traduire par une raréfaction des titres éligibles à ses achats et la conduire à atteindre les limites qu'elle s'est elle-même fixées, par exemple en terme de part d'une émission donnée qu'elle peut détenir.

"Le moment choisi (pour commencer les achats) suggère que la BCE veut vraiment tirer parti au maximum de la période d'achats qui va précéder la trêve estivale", explique Morgan Stanley, tablant sur des achats de titres d'entreprise de trois à cinq milliards d'euros par mois en moyenne sur la durée totale du programme, marchés primaire et secondaire confondus. (Benoit Van Overstraeten, Marc Angrand et Wilfrid Exbrayat pour le service français)

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