6 juin 2016 / 15:38 / il y a un an

Face à Jin Jiang, AccorHotels tente de trouver un équilibre

par Pascale Denis

PARIS, 6 juin (Reuters) - Les grandes manoeuvres ont commencé sur la gouvernance et l'équilibre des forces au sein du capital d'AccorHotels face aux appétits du chinois Jin Jiang, son premier actionnaire.

Le géant hôtelier chinois a franchi les 15% du capital du groupe français le 27 mai après en avoir acquis plus de 10% pour plus d'un milliard d'euros en l'espace de seulement quatre mois.

S'il a jusqu'ici toujours dit soutenir la stratégie d'AccorHotels, Jin Jiang a également fait savoir qu'il entendait poursuivre ses achats, assurant ne pas envisager de prendre le contrôle du groupe - une déclaration qui ne l'engage que pour une durée de six mois -, et a indiqué qu'il pourrait demander un ou plusieurs sièges au conseil.

Pour muscler encore ses positions avant l'arrivée programmée du Qatar et de l'Arabie saoudite au capital et au conseil d'AccorHotels, Jin Jiang a approché les fonds Eurazeo et Colony pour leur racheter leurs parts (5,13% et 5,85% respectivement), selon une source proche du dossier, confirmant une information du Figaro.

Pour les deux fonds - qui avaient cédé une partie de leurs titres au prix de 48,75 euros en mars 2015 - une cession ne s'entend pas sans un accord sur la gouvernance, indique-t-on.

Sébastien Bazin est un ancien de Colony Capital, dont il a dirigé les opérations en Europe jusqu'à son arrivée chez AccorHotels il y a près de trois ans.

"Les discussions ont lieu depuis plusieurs semaines entre AccorHotels, Jin Jiang, Eurazeo et Colony sur l'organisation du board et les participations de chacun pour cadrer les futures relations sur le long terme", indique la même source.

AccorHotels s'est refusé à tout commentaire.

L'ÉTAT ATTENTIF

Parallèlement, l'Etat français, pour qui la montée de Jin Jiang revêt un caractère politique - le groupe chinois est une émanation de la municipalité de Shanghai - pourrait faire irruption dans le dossier.

Soucieux d'éviter qu'un nouveau fleuron français ne passe sous pavillon étranger après Lafarge, Alcatel-Lucent ou encore Technip, l'Etat pourrait plaider pour un accord du type de celui négocié chez PSA avec Dongfeng, qui plafonnerait la part de Jin Jiang au capital pendant une certaine durée en échange de sa participation au conseil.

Un accord pourrait aussi organiser dans le temps la montée de Jin Jiang, parallèlement à une négociation sur la gouvernance.

Car, en France, Jin Jiang est le concurrent direct d'AccorHotels depuis son rachat, il y a un an, du groupe Louvre Hotels, propriétaire des enseignes Campanile, Kyriad ou Première Classe, pour 1,3 milliard d'euros.

Les discussions du conseil d'AccorHotels sur la stratégie en France ne peuvent pas, en tout état de cause, être suivies par un tel concurrent.

Le Qatar et l'Arabie saoudite pourraient eux aussi être associés aux discussions après leur arrivée au capital de l'hôtelier français.

Avec le rachat du groupe FRHI (Fairmont, Raffles, Swissôtel), le fonds d'investissement du Qatar (QIA) et celui du prince saoudien Al-Waleed (KHC) détiendront 10,5% et 5,8% respectivement du capital d'AccorHotels après le feu vert d'une assemblée générale des actionnaires prévue le 12 juillet.

Il est prévu que QIA dispose de deux représentants au conseil et KHC d'un administrateur.

Selon certains analystes, Jin Jiang pourrait viser à terme la prise de contrôle d'AccorHotels une fois absorbée l'acquisition de son concurrent Plateno.

D'autres, pour qui la scission d'AccorHotels entre activités de gestion hôtelière (HotelServices) et immobilière (HotelInvest) ne fait aucun doute, jugent que Jin Jiang pourrait être acheteur d'HotelServices, les investisseurs du Moyen-Orient reprenant HotelInvest.

La question de l'avenir du pôle immobilier d'AccorHotels devrait être posée d'ici la fin de l'année, le groupe pouvant opter pour une ouverture du capital d'HotelInvest.

Jusqu'ici, Sébastien Bazin a déclaré que toute opération serait déterminée par le niveau de valorisation du groupe d'ici à la fin 2016 ou le début 2017.

La montée de Jin Jiang intervient après une année 2015 record de 3,6 milliards de dollars pour les investissements chinois en France. Ceux-ci ont principalement ciblé l'immobilier et l'hôtellerie, avec la prise de contrôle du Club Méditerranée par Fosun et le rachat de Louvre Hôtels, selon les chiffres du cabinet d'avocats Baker & McKenzie. (Avec Dominique Vidalon, édité par Dominique Rodriguez)

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