March 4, 2016 / 7:28 PM / in a year

LEAD 1-France-200.000 requis contre Total pour l'explosion de Carling

4 MINUTES DE LECTURE

(Actualisé avec date délibéré et plaidoieries défense)

SARREGUEMINES, Moselle, 4 mars (Reuters) - Le procureur de Sarreguemines (Moselle) a requis vendredi une amende de 200.000 euros contre la société Total Petrochemicals, jugée pour la mort de deux ouvriers et les blessures subies par six autres lors de l'explosion d'un vapocraqueur sur son site de Carling en 2009.

Le magistrat a également demandé au tribunal correctionnel de condamner Claude Lebeau, directeur de l'usine à l'époque, à une peine de deux ans de prison avec sursis et 40.000 euros d'amende.

Le jugement a été mis en délibéré au 13 juin prochain.

La désactivation d'un détecteur de flammes, qui aurait pu arrêter l'arrivée du gaz sur le surchauffeur où s'est produite l'explosion, "est la cause racine de l'accident", a estimé Olivier Glady, en reprenant les conclusions d'un expert.

Le procureur a également pointé l'inexpérience de l'équipe constituée pour rallumer l'installation et la pauvreté du mode opératoire prescrit en six paragraphes dont certains d'une seule ligne, pour "une quinzaine d'étapes" réelles.

Il a encore mis en cause la vétusté de l'installation, l'inadaptation du matériel fourni aux opérateurs, "l'ambiance électrique régnant au sein de l'unité de fabrication" qu'il fallait faire redémarrer "coûte que coûte", ainsi qu'une "culture de l'improvisation" sur le site.

Claude Lebeau, qui n'avait pas délégué ses responsabilités en matière de sécurité, comme cela semble être la règle pour les directeurs d'unité au sein du groupe Total, ne peut se défendre en affirmant qu'il ignorait cette situation, a ajouté le procureur.

Cette carence dans la remontée de l'information "est clairement destinée à préserver le titulaire de la délégation", a-t-il soutenu.

"La délégation de pouvoir ne produit pas de la responsabilité mais de la passivité", s'est-il étonné en soulignant le caractère intenable de cette position pour demander au tribunal d'entrer en voie de condamnation.

Les deux avocats de la défense ont réfuté ces analyses en plaidant la relaxe.

"Pour Total Petrochemicals France, la sécurité est vraiment une valeur fondamentale », a affirmé Me Jean-Benoît Lhomme en soulignant l'approbation des plans d'analyse des risques du site de Carling par les administrations de tutelle, direction de l'industrie et inspection du travail.

La désactivation des détecteurs de flamme, pour cause de fonctionnement aléatoire, devait avoir pour corollaire une surveillance accrue dans la phase de démarrage du surchauffeur, le pilote - une sorte de veilleuse - devant toujours être allumé avant le brûleur.

Le fait que cette règle n'ait pas été respectée est pour lui la seule cause de l'accident.

"Si le mode opératoire avait été respecté, il n'y aurait pas eu d'accident", a affirmé à son tour Me Aurélien Boulanger, avocat de Claude Lebeau.

Maximilien Lemerre, un opérateur en formation de 21 ans et Jérôme Griffoul, 28 ans, avaient été soufflés par l'explosion en tentant de rallumer le surchauffeur, un four qui augmente la température de la vapeur utilisée pour craquer le naphta, dérivé pétrolier à partir duquel sont produits l'éthylène et le propylène.

Gilbert Reilhac, édité par Gérard Bon

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