February 23, 2016 / 2:41 PM / a year ago

LEAD 2-D. Börse et LSE tentent à nouveau de créer un géant européen

6 MINUTES DE LECTURE

* Une fusion pour créer le premier opérateur boursier européen

* Nouvelle structure coiffée par une holding

* 54,4% pour Deutsche Börse, le reste pour le LSE

* Hausse des actions LSE et Deutsche Börse (Actualisé avec la confirmation de Deutsche Börse, détails, contexte, citations)

par Ludwig Burger et Andreas Kröner

LONDRES/FRANCFORT, 23 février (Reuters) - Deutsche Börse et London Stock Exchange (LSE) tentent à nouveau de monter un projet de fusion pour créer un géant européen capable de s'opposer aux ambitions européennes de l'américain ICE.

Les deux opérateurs boursiers, qui avaient déjà tenté de forger une alliance voici près de 16 ans, ont fait savoir mardi qu'ils poursuivaient des discussions approfondies en vue de créer une nouvelle structure coiffée par une holding, dont les actionnaires de Deutsche Börse auraient 54,4% des parts et ceux du LSE 45,6%.

Deux sources au fait du dossier avaient dit auparavant à Reuters que les deux sociétés étudiaient une fusion éventuelle. L'une avait déclaré que les discussions, sous le nom de code Delta pour Deutsche Börse et Luna pour le LSE, en étaient à un stade préliminaire.

"Rien ne dit qu'une transaction s'ensuivra", a dit le LSE, ajoutant que les deux parties en diraient sans doute plus en temps voulu.

Suivant le droit britannique des OPA, Deutsche Börse doit soit formuler une offre soit s'abstenir d'ici au 22 mars, sauf s'il obtient une prolongation de l'autorité britannique compétente.

L'action LSE a terminé en hausse de 13,7% à Londres, tandis que Deutsche Börse a progressé de 3,22% à Francfort. L'action Euronext, opérateur notamment de la Bourse de Paris, a aussi profité de cette annonce et avancé de 4,51% à 37,185 euros.

Deutsche Börse avait une capitalisation de 16,4 milliards de dollars à la clôture de lundi et le LSE de 11,6 milliards de dollars, selon des données de Reuters.

"On va vers plus de consolidation même s'il n'est pas acquis que la fusion se fasse", a dit Carlo Alberto De Casa, analyste d'Activtrades.

Pour Jonathan W Goslin, analyste de Numis Securities, une fusion serait source d'importantes économies et synergies mais ne serait pas non plus dépourvue de difficultés, en particulier du point de vue réglementaire.

En outre, observe-t-il, les deux opérateurs ont des vues divergentes sur la manière de structurer leurs activités, le LSE étant plus ouvert et Deutsche Börse plus fermé, sans compter les questions de susceptibilité nationale.

"On peut se demander si le monde politique britannique verrait d'un bon oeil la principale place locale devenir propriété d'une entité étrangère", se demande-t-il.

Selon l'une des sources au fait du dossier, la fusion serait en ordre de marche même en cas de Brexit, c'est-à-dire si la Grande-Bretagne décidait de quitter l'Union européenne à l'issue du référendum prévu le 23 juin.

La fusion rassemblerait le trading actions du LSE avec le trading de dérivés de la plateforme Eurex de Deutsche Börse. Le LSE, dirigé par le Français Xavier Rolet, n'a eu de cesse de s'implanter dans un marché des dérivés qui est un véritable moteur de croissance après avoir en vain tenté de racheter la plateforme londonienne de dérivés LIFFE.

LIFFE appartient désormais à ICE, une plateforme américaine à l'esprit conquérant déjà propriétaire du New York Stock Exchange.

Quid D'euronext Et Des Autres?

Depuis leur tentative de fusion avortée en mai 2000, ni le LSE ni Deutsche Börse n'ont pu conclure de transaction leur permettant de devenir la place dominante en Europe. Dans l'intervalle est apparu Chi-X, leader européen du trading actions transfrontalier, devenu propriété de l'américain BATS.

Lorsqu'il a pris la tête de Deutsche Börse en juin, le président du directoire Carsten Kengeter avait déclaré qu'il était ouvert à des acquisitions, qu'elles soient ciblées ou de grande ampleur, dans le cadre d'une stratégie de stimulation des revenus et des résultats.

Il a depuis lors déboursé 1,5 milliard de dollars pour racheter des coentreprises au suisse SIX Group et reprendre la plateforme de changes 360T.

L'échec du coup d'essai de 2000, dont la transformation aurait vu la naissance d'iX, une structure paneuropéenne censée attirer d'autres opérateurs financiers, s'expliquait par la résistance des courtiers britanniques, qui s'interrogeaient sur le modus operandi de la nouvelle entité et sur la réglementation qui s'y appliquerait.

Le LSE, qui avait alors une structure mutualiste, décida par la suite de s'introduire en Bourse pour pouvoir poursuivre sa propre stratégie sans entraves.

Une deuxième tentative eut lieu durant la période 2004-2005, prenant la forme cette fois d'une OPA de Deutsche Börse sur le LSE, qui ne put s'affranchir de l'opposition des actionnaires de l'opérateur allemand.

Cela étant, la fusion des places de Francfort et de Londres soulèverait bien des questions sur l'avenir d'Euronext, la structure qui gère les places de Paris, Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne, et dont ICE s'était dessaisi, et sur la stratégie d'autres plateformes comme le Nasdaq, qui espérait à l'époque intégrer iX. (Avec Jonathan Gould à Francfort, Huw Jones à Londres et Noor Zainab Hussain à Bangalore, Bertrand Boucey et Wilfrid Exbrayat pour le service français)

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