Suisse-La BNS pourrait encore réduire ses taux, dit Jordan

jeudi 11 février 2016 12h04
 

ZURICH, 11 février (Reuters) - La Banque nationale suisse (BNS) n'exclut pas de réduire encore ses taux d'intérêt, déjà négatifs, a déclaré son président, Thomas Jordan, au magazine Bilanz, en expliquant que les turbulences actuelles sur les marchés pourraient se traduire par une nouvelle appréciation du franc suisse en raison de son statut de valeur refuge.

La BNS pratique des taux négatifs depuis décembre 2014, justement pour réduire l'attrait du franc et freiner la hausse de celui-ci, qui pénalise l'économie helvétique.

Interrogé par Bilanz sur la possibilité d'une nouvelle réduction des taux, Thomas Jordan a répondu: "Nous sommes allés relativement loin en matière de taux d'intérêt négatifs. Nous surveillons désormais attentivement la situation. Nous n'excluons rien."

La fourchette de fluctuation du taux Libor à trois mois, principal instrument de la politique monétaire suisse, est actuellement fixée entre -0,25% et -1,25%. La BNS impose en autre un taux négatif de -0,75% sur les avoirs des banques déposés auprès d'elle.

Cette politique monétaire vise à affaiblir le franc, a expliqué Thomas Jordan, ajoutant: "Dans ce but, nous avons des taux d'intérêt négatifs et nous sommes prêts à intervenir sur le marché des changes."

Le franc suisse s'était fortement apprécié face à l'euro après l'abandon par la BNS de son cours plancher de 1,20 franc pour un euro en janvier 2015, mais il est remonté cette année à plus de 1,11 franc. Il s'échangeait autour de 1,0970 franc à la mi-journée jeudi.

Pour Thomas Jordan, le franc reste surévalué mais devrait se déprécier avec le temps. "La surévaluation est moins importante qu'elle ne l'était il y a un an", a-t-il dit à Bilanz.

Prié de préciser si la banque centrale s'était fixé un objectif de taux de change face à l'euro, il a répondu: "Nous n'avons pas fixé d'objectif. Dans nos décisions, nous prenons en compte la situation des changes dans son ensemble."

A propos du statut de valeur refuge du franc, il a estimé que les taux négatifs avaient permis d'amortir les sorties de capitaux des marchés émergents, les devises d'autres économies avancées étant comparativement plus attractives. "Mais de fortes perturbations en Europe pourraient rapidement remettre le franc au premier plan", a-t-il ajouté.

Il a exclu de lier l'évolution du franc à un panier de devises ou de renouer avec un cours plancher. (Silke Koltrowitz; Marc Angrand pour le service français)