France-Croissance de fin 2015 entamée par les attentats-Insee

jeudi 17 décembre 2015 21h46
 

* L'Insee ne prévoit plus qu'une hausse de 0,2% du PIB au T4
    * Il chiffre à -0,1 point de PIB l'impact des attentats
    * La croissance devrait repartir au même rythme qu'avant en
2016
    * L'investissement des entreprises bénéficie du
"suramortissement"
    * Le taux de chômage reviendrait à 10,0% fin juin 2016

    par Yann Le Guernigou
    PARIS, 17 décembre (Reuters) - L'impact des attentats du 13
novembre sur l'économie française devrait être limité et
temporaire, estime l'Insee, qui a revu en baisse ses prévisions
pour le quatrième trimestre mais se montre confiant dans sa
capacité à renouer ensuite avec un rythme de croissance modérée.
    Dans une note de conjoncture publiée jeudi, l'institut ne
table plus que sur une hausse de 0,2% du produit intérieur brut
(PIB) du dernier trimestre 2015, contre 0,4% auparavant. 
    Cette inflexion ne serait que passagère, le PIB repartant
sur un rythme de progression de 0,4% par trimestre sur les six
premiers mois de 2016.
    Avec le +0,3% enregistré au troisième trimestre, la
croissance de l'ensemble de 2015 se situerait à 1,1%, soit le
niveau le plus élevé depuis 2011 et juste au-dessus du scénario
du gouvernement (1,0%) comme le prévoyait déjà l'Insee.
    "C'est le scénario qui nous semble le plus probable", a
déclaré Vladimir Passeron, chef du département conjoncture de
l'Insee, "la consommation des ménages et la croissance française
plieraient en fin d'année mais feraient preuve de résistance".
    Se fondant sur les réactions à des situations similaires
dans le passé, l'Insee estime que l'impact des attentats de
Paris et Saint-Denis se fera sentir sur la consommation de
services marchands, en premier lieu l'hébergement-restauration
et dans une moindre mesure les transports et les loisirs.
    Il se traduirait par une consommation des services en baisse
de 0,3%, soit l'équivalent de -0,1 point de PIB au 4e trimestre.
    L'extrême douceur des températures, qui limite les dépenses
des ménages en énergie, et une baisse de leurs achats de
produits manufacturés constatée dès octobre expliquent l'autre
moitié de la révision en baisse de l'Insee.
    Pour le reste, l'économie française continue d'évoluer dans
un environnement international très favorable, bénéficiant des
effets combinés de taux bas et d'un euro faible, que l'Insee
chiffre à +0,4 point de PIB en 2015, et d'une rechute des prix
du pétrole en cette fin d'année.
    La consommation des ménages, que l'Insee voit repartir dès
début 2016, et l'investissement des entreprises seraient les
principaux moteurs de l'accélération de la croissance l'an
prochain, que l'institut prévoit au même rythme que les
économistes interrogés dans le cadre de la dernière enquête de
Reuters.
    
    MARGES DES ENTREPRISES AU PLUS HAUT DEPUIS 2008
    L'acquis de croissance pour l'ensemble de 2016, à savoir
l'évolution du PIB si l'activité stagnait complètement au
deuxième semestre, se situerait à 1,0% au 30 juin prochain.
    S'agissant de l'investissement des entreprises, l'Insee
anticipe un prolongement de l'accélération intervenue au
troisième trimestre 2015, tout particulièrement en produits
manufacturés, sous l'impact de la mesure temporaire de
suramortissement décidée par le gouvernement.
    L'institut évalue son effet à 0,4 point sur l'évolution de
l'investissement des entreprises attendue au 4e trimestre 2015
(+0,8%) comme au 1er trimestre 2016 (+0,9%) et à 0,2 point pour
celle du 2e trimestre 2016 (+0,8%).
    Dans le même temps, le taux de marge des entreprises
accentuerait son rebond grâce aux effets combinés de la baisse
des prix du pétrole, du crédit d'impôt compétitivité emploi et
de la baisse des charges et de la fiscalité découlant du pacte
de responsabilité. 
    Par rapport à son plus bas récent de 29,2% du printemps
2014, il remonterait à 31,4% fin 2015 puis 31,8% au deuxième
trimestre 2016, un plus haut depuis fin 2008.
    L'Insee estime enfin, sur la base du niveau de ventes de
logements neufs et du léger rebond des mises en chantier, qu'un
des principaux freins de l'économie française, le secteur de la
construction, va se desserrer. 
    Après plus de deux ans de baisse, l'investissement des
ménages en logements se stabiliserait dès le trimestre en cours,
prédit l'institut, dont les précédentes attentes d'inflexion
dans ce secteur, exprimées en 2014, avaient été déçues.
    Le tout devrait permettre aux créations d'emplois de
retrouver en 2016 un rythme plus vigoureux, avec pour
conséquence un taux de chômage revenant fin juin prochain à
10,0% en France métropolitaine (10,4% avec l'outre-mer), contre
10,2% actuellement, soit son niveau de mi-2015.  
    
    Principales prévisions de l'Insee (Variations en T/T-1 en %,
données CVS-CJO) :

                               2015         2016      2015  
                            T3     T4     T1     T2     
                                                     
 PIB                       0,3    0,2    0,4    0,4    1,1
 Importations              1,7    0,6    1,0    1,0    5,6
 Consommation des ménages  0,3   -0,1    0,5    0,4    1,4
 Consommation des   
     administrations       0,4    0,4    0,3    0,4    1,6
 Investissement            0,1    0,5    0,4    0,4   -0,2     
    - Entreprises          0,7    0,8    0,9    0,8    2,0     
    - Ménages             -0,5   -0,1    0,0    0,0   -3,0     
    - Administrations     -1,0    0,3    0,3    0,0   -3,9
 Exportations             -0,6    0,7    0,9    1,0    5,5    
 Contributions (en point de PIB) :
    - Demande intérieure   0,3    0,2    0,4    0,4    1,1
    - Variation de stocks  0,7    0,0    0,0    0,0    0,2
    - Commerce extérieur  -0,7    0,0    0,0    0,0   -0,1
    
    Voir aussi : 
    * France-Petite baisse du climat des affaires après les
attentats 

    Les indicateurs français en temps réel        
    Les indicateurs de la zone euro en temps réel 
    Le point sur la conjoncture française         
    

 (Edité par Emmanuel Jarry)