11 décembre 2015 / 15:26 / il y a 2 ans

Zone euro-La planche à billets a tourné bien avant le QE

par Francesco Canepa et Frank Siebelt

FRANCFORT, 11 décembre (Reuters) - Les banques centrales de la zone euro ont discrètement racheté des centaines de milliards d‘euros d‘actifs ces dix dernières années par le biais d‘un dispositif méconnu qui leur permet de faire tourner la planche à billets pour des motifs autres que ceux de la politique monétaire, lit-on dans une étude universitaire.

La Banque centrale européenne (BCE) a dit jeudi sur son site qu‘il ne pouvait y avoir de “création monétaire incontrôlée” par l‘usage de l‘Accord sur les actifs financiers net (ANFA) en raison d‘un plafond qui empêche toute ingérence dans la politique monétaire.

Toutefois, ce plafond n‘est en général jamais publié et si les banques centrales nationales ont l‘obligation d‘informer la BCE de la nature de leurs achats elles sont bien loin, toutes, de le faire savoir publiquement.

Selon l‘étude du chercheur Daniel Hoffmann, qui est une partie de sa thèse de doctorat, les actifs répertoriés en “autres titres” dans le bilan des banques centrales nationales, soit ceux rachetés par création monétaire, représentaient 374,9 milliards d‘euros en 2014 contre 122,6 milliards d‘euros en 2005. Ils sont à présent de 358,2 milliards d‘euros, selon le bilan financier consolidé de l‘Eurosystème.

“Cette augmentation du volume... est pratiquement passée inaperçue”, observe Daniel Hoffmann, qui évalue à 623 milliards d‘euros le total des actifs détenus par les banques centrales nationales pour des motifs autres que les opérations normales de politique monétaire fin 2014 contre 214 milliards en 2005.

Ce type d‘achats a particulièrement augmenté durant les années de crise, surtout en France, en Italie, en Grèce et en Irlande.

Selon une source de l‘Eurosystème, les actifs des banques centrales nationales de la zone euro détenus pour des motifs non monétaires totalisaient 575 milliards d‘euros fin 2014.

Le programme d‘assouplissement quantitatif (QE) lancé par la BCE en mars représente lui 60 milliards d‘euros d‘actifs rachetés mensuellement. Prévu maintenant pour durer 25 mois, il représente un encours total de 1.500 milliards d‘euros.

L‘étude de Daniel Hoffmann soulève la question de savoir si ses achats de banques centrales nationales auraient pu contribuer à financer des pays de la zone euro lourdement endettés ou des établissements financiers en difficulté.

La Conseil des gouverneurs de la BCE peut, par une majorité des deux tiers, opposer son veto à toute initiative d‘une banque centrale locale s‘il juge qu‘elle représente une ingérence dans les prérogatives de l‘Eurosystème.

Le président de la BCE Mario Draghi en exclut la possibilité. “J‘exclus totalement toute possibilité de financement monétaire”, a-t-il dit la semaine dernière, lors de la traditionnelle conférence de presse de l‘institut d‘émission. “Elles (les banques centrales nationales) n‘achètent pas sur le marché primaire et leurs politiques d‘investissement touchent un peu à tout”. (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny)

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