Ferrovial lorgne l'opérateur de camps de migrants en Australie

lundi 7 décembre 2015 12h17
 

SYDNEY, 7 décembre (Reuters) - Le géant espagnol des infrastructures Ferrovial a soumis lundi une offre pour racheter le groupe en charge des centres de rétention de migrants au large de l'Australie, cherchant à profiter de la mauvaise presse autour de ces camps pour reprendre à bon compte leur exploitant.

Ferrovial propose 692 millions de dollars australiens (467 millions d'euros) en numéraire pour acquérir Broadspectrum , soit bien moins que le milliard qu'il avait offert il y a un an, quand il avait été éconduit au motif que son offre sous-valorisait le groupe coté à Sydney.

Le groupe espagnol espère ainsi récupérer la concession de cinq ans, d'un montant estimé à 2,7 milliards de dollars australiens et qui doit être renouvelée en mars prochain, pour gérer les camps situés sur les îles de Naura, dans le Pacifique, et de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ferrovial contrôle déjà des intérêts privés en charge de prisons en Espagne et de services pénitentiaires au Royaume-Uni.

Broadspectrum a dit qu'il étudierait l'offre. Un analyste de la société de gestion Allan Gray, principal actionnaire du groupe australien avec 19% du capital, a qualifié l'offre d'"opportuniste", ajoutant qu'elle sous-évaluait Broadspectrum.

L'action Broadpectrum a bondi de 49% lundi à la Bourse de Sydney, à 1,27 dollar, tout en restant en-deçà des 1,35 dollar offerts par Ferrovial. Il y a un an, Broadspectrum, alors appelé Transfield Services, avait rejeté une offre à 2,00 dollars par action.

Des défenseurs des droits de l'homme ont exhorté les actionnaires de Ferrovial à se prononcer contre l'offre en raison de la controverse autour des deux centres où sont retenus quelque 2.000 demandeurs d'asile arrivés par bateau et à qui l'Australie défend de poser le pied sur son sol.

Broadspectrum a vu son cours de Bourse fondre de moitié depuis un an, plusieurs grands fonds de pension ayant vendu leurs titres sous la pression de souscripteurs mal à l'aise avec ses activités et les accusations d'abus qui ont pu être portées contre des gardiens salariés à Naura et Manus.

"Avec cette opération, (Ferrovial) récupérerait une plate-forme de croissance en Australie à un prix inférieur de 30% à son offre initiale de l'an dernier (...) Et, étant basé loin à Madrid, il aurait beaucoup moins à craindre de ses actionnaires", déclare Matthew Felsman, gérant de fortune chez APP Securities. (Byron Kaye, Véronique Tison pour le service français)