7 décembre 2015 / 19:09 / il y a 2 ans

LEAD 3-Première victoire de l'opposition au Venezuela depuis 1999

* L'Union démocratique vise une majorité des deux tiers à l'Assemblée nationale

* Le camp chaviste était majoritaire depuis seize ans

* L'opposition annonce une amnistie et prône la réconciliation

par Alexandra Ulmer et Eyanir Chinea

CARACAS, 6 décembre (Reuters) - L'opposition vénézuélienne a décroché dimanche la majorité absolue au parlement, remportant sa première victoire électorale depuis 1999 face au Parti socialiste de Nicolas Maduro, l'héritier d'Hugo Chavez.

Alors que 22 des 167 sièges de l'Assemblée nationale restent à pourvoir, la coalition Unité démocratique (Mesa de la Unidad Democrática, MUD) de Jesus Torrealba est d'ores et déjà assurée de contrôler 99 sièges, contre 46 pour le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV).

L'opposition devrait donc disposer d'une majorité qualifiée des trois cinquièmes, seuil permettant en théorie de renvoyer un ministre après vote d'une motion de censure.

La majorité qualifiée des deux tiers (soit 112 députés), qui permettrait de modifier les institutions, notamment la composition du Tribunal suprême de justice (TSJ), n'est pas certaine. Les dirigeants de l'UD affirmaient lundi avoir atteint ce seuil, mais cela n'a pas été confirmé par le conseil national électoral (CNE).

Quoi qu'il en soit, l'opposition prive pour la première fois depuis seize ans le mouvement chaviste de sa majorité à l'Assemblée nationale. Et après la victoire en Argentine du libéral Mauricio Macri à l'élection présidentielle du 22 novembre, les législatives de dimanche au Venezuela marquent un nouveau basculement à droite sur l'échiquier politique sud-américain.

LOI D'AMNESTIE POUR LES "PRISONNIERS POLITIQUES"

Le président Maduro n'a pas tardé à reconnaître la défaite de son camp. "Nous sommes ici (...) pour reconnaître ces résultats négatifs", a-t-il déclaré dans la nuit lors d'une allocution télévisée à la nation, écartant le spectre de tensions post-électorales. Il a cependant ajouté que ce n'était pas l'opposition, mais une contre-révolution, qui l'avait emporté.

Prenant la parole lundi aux premières heures devant ses partisans, Jesus Torrealba a annoncé lui que la nouvelle majorité voterait en priorité l'amnistie des opposants emprisonnés, parmi lesquels Leopoldo Lopez, arrêté pendant les manifestations antigouvernementales de 2014. Au total, l'opposition recense plus de 70 détenus qu'elle considère comme des prisonniers politiques.

Mais le dirigeant de l'Unité démocratique a aussi lancé un appel à la réconciliation nationale. Car l'opposition a conscience qu'elle doit plus sa victoire à la dure récession économique que traverse le pays, frappé par des pénuries à répétition de produits de base et l'inflation la plus élevée de la planète, qu'à un vote d'adhésion.

"Nous avons été divisés pendant des années et notre pays n'a rien gagné de cette erreur historique. L'Unité démocratique n'est pas là pour maltraiter qui que ce soit", a-t-il dit.

Il s'est également engagé, contrairement à ce qu'affirmait Maduro durant la campagne, à ne pas tenter de démanteler les programmes sociaux qui ont largement assuré l'ancrage du chavisme.

RÉFORME DE LA BANQUE CENTRALE

Dans la période de cohabitation qui débutera officiellement le 5 janvier, la nouvelle majorité parlementaire pourra également ouvrir des enquêtes parlementaires sur des organismes d'Etat ou réclamer la publication d'indicateurs économiques tenus secrets depuis que l'économie nationale traverse de grosses difficultés.

Elle a annoncé son intention de réformer le cadre juridique de la Banque centrale. "La réforme de la loi sur la Banque centrale est urgente parce qu'elle a été transformée en planche à billets", a dit Torrealba.

Alors que le mandat de Maduro court jusqu'en 2019, l'alternance parlementaire pourrait aussi inciter l'Unité démocratique à tenter d'obtenir l'organisation d'un "référendum de révocation". Il lui faudrait pour cela réunir près de quatre millions de signatures. Et si la majorité des électeurs l'approuvent, Maduro sera contraint d'écourter son mandat et d'organiser une présidentielle anticipée.

"Je ne vois pas ce gouvernement aller à son terme parce qu'il est trop faible", a dit l'opposant Henry Ramos, qui pourrait briguer la présidence de l'Assemblée.

Aux Etats-Unis, qui ont entretenu des relations orageuses avec Chavez puis Maduro, le secrétaire d'Etat John Kerry a estimé que l'issue du scrutin illustrait le "désir débordant" de changement des Vénézuéliens et a prôné le dialogue entre les forces politiques pour résoudre les problèmes du pays.

A l'inverse, l'allié cubain de Maduro lui a renouvelé son soutien. "Je suis certain que de nouvelles victoires de la révolution bolivarienne et chaviste adviendront sous ta conduite", lui a écrit Raul Castro.

Le président bolivien Evo Morales a appelé pour sa part les gouvernements "progressistes" d'Amérique latine à une "réflexion profonde". (avec Andrew Cawthorne et Deisy Buitrago à Caracas, Daniel Trotta à La Havane et Arshad Mohammed à Washington; Jean-Stéphane Brosse, Jean-Philippe Lefief, Eric Faye et Henri-Pierre André pour le service français)

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