December 6, 2015 / 9:09 PM / 2 years ago

Pas de répit dans le bras de fer sur Renault à 4 jours du conseil

5 MINUTES DE LECTURE

* Renault prépare des propositions pour limiter l'influence française sur Nissan-sources

* Les discussions avec le gouvernement ont peu progressé-sources

* Renault mis en garde contre toute cession du contrôle de Nissan

par Laurence Frost et Gilles Guillaume

PARIS, 6 décembre (Reuters) - Renault est en train d'échafauder des propositions pour céder une partie de son pouvoir à son partenaire japonais Nissan, ont indiqué des sources. Le constructeur français cherchera dès lundi à s'assurer le maximum de soutien au sein du conseil d'administration à quatre jours d'une réunion qui s'annonce houleuse.

Renault reste à couteaux tirés avec l'Etat, son principal actionnaire, dans le bras de fer qui les oppose depuis avril sur l'équilibre de l'alliance Renault-Nissan.

Des sources ayant connaissance du dossier ont indiqué que faute de véritable progrès dans les négociations actuelles, Renault s'apprête à mettre à exécution ses menaces passées de réduire sa mainmise sur Nissan, dont il détient actuellement une participation de contrôle de 43,4%.

"On est très loin d'un accord", a dit une source proche de l'alliance. "C'est comme si le gouvernement voulait vérifier si le bluff est véritable ou non."

De l'issue du bras de fer actuel dépendra en partie l'évolution future de Renault-Nissan, aujourd'hui quatrième constructeur automobile mondial par les ventes cumulées.

Le conflit reflète aussi l'écart entre la structure formelle de l'alliance, où Renault se trouve en situation de contrôle, et la manière dont elle est gérée au quotidien par Carlos Ghosn, PDG des deux entreprises.

Depuis le sauvetage de Nissan par Renault en 1999, le constructeur japonais a vu son poids dépasser celui de son partenaire français, et se voit confier aujourd'hui au sein de l'alliance le pilotage de projets d'ingénierie stratégiques pour les deux groupes.

Dans le Journal du Dimanche, le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a indiqué que l'Etat était prêt à faire des concessions sur ses droits de vote dans Renault pour les sujets non stratégiques, mais qu'il entendait conserver une minorité de blocage.

"Tout détricotage ou affaiblissement des liens entre les deux entreprises ne peuvent pas être des solutions", a prévenu à nouveau le ministre.

Renault-Nissan a refusé de faire un commentaire.

Un Compromis De Derniere Minute ?

L'Etat français détient aujourd'hui près de 20% de Renault et entend obtenir fin mars prochain les droits de vote double prévus par la loi Florange, tandis que Nissan, qui détient 15% de Renault, ne possède aucun droit de vote.

La proposition de Renault devrait aller bien plus loin que le compromis avancé à plusieurs reprises par le gouvernement, ont indiqué des sources, avec la neutralisation de son contrôle via un engagement ferme de ne jamais interférer dans la direction opérationnelle de Nissan, comme ce dernier l'a demandé fin novembre.

En guise de garantie, Nissan demande aussi l'autorisation de pouvoir augmenter sa participation si l'engagement n'est pas respecté. Selon la loi japonaise, Renault pourrait perdre en retour ses propres droits de vote si la participation de Nissan dans son capital venait à atteindre 25%.

De source gouvernementale, on concède que tout compromis de dernière minute nécessiterait un accord entre Renault et Nissan pour ajuster leur relation et l'accord fondateur de 2002 qui encadre les rapports entre les deux groupes.

Mais la fin du contrôle de Renault devrait se heurter jusqu'au bout à une vive résistance, selon des personnes au fait des réflexions du gouvernement. "Avec tout ce fuss (...) ils ont de facto mis l'Etat au centre de l'alliance."

Le conseil d'administration de Renault est composé de 19 membres, dont Carlos Ghosn, dix indépendants qui ont jusqu'ici soutenu le PDG, quatre représentants des salariés, deux de Nissan et deux de l'Etat.

Selon des sources, Emmanuel Macron a demandé que Carlos Ghosn et les deux représentants de Nissan ne prennent pas part au vote pour éviter des conflits d'intérêts.

Des responsables français ont aussi reproché aux administrateurs indépendants de ne pas suffisamment défendre les intérêts de Renault dans le débat actuel. Une accusation qu'ils ont rejetée début novembre en publiant, chose inhabituelle, un communiqué commun pour défendre leur position. (Edité par Jean-Stéphane Brosse)

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