November 25, 2015 / 9:05 AM / 2 years ago

La BCE tente de rapprocher les positions sur un "QE2"

5 MINUTES DE LECTURE

* Les marchés s'attendent à de nouvelles mesures le 3 décembre

* Pas encore d'accord sur les modalités du nouveau plan

* Un taux de dépôt à deux niveaux évoqué

par John O'Donnell et Frank Siebelt

FRANCFORT, 25 novembre (Reuters) - Les dirigeants des banques centrales de la zone euro envisagent différentes options avant la prochaine réunion du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), parmi lesquelles une ponction progressive sur les liquidités déposées par les banques et l'amplification du programme d'achats de titres en cours, a-t-on appris de plusieurs sources.

A huit jours de cette réunion très attendue, les possibilités encore à l'étude incluent entre autres l'extension des achats aux obligations émises par les régions et les municipalités et la mise en place d'un taux de dépôt à deux niveaux.

Plusieurs responsables, qui ont requis l'anonymat, ont rapporté que les débats lors des réunions préparatoires avaient porté aussi sur le rachat de portefeuilles de prêts bancaires titrisés, plus risqués, même si une telle mesure semble très peu probable à ce stade.

La BCE s'est refusée à tout commentaire.

"Ils tentent toujours de déterminer ce qu'il y aura dans le plan. Beaucoup de gens ont des opinions différentes", a dit un responsable informé de l'évolution des discussions, précisant que le président de la BCE, Mario Draghi, était en désaccord avec les représentants allemands.

"Certains disent qu'il faut surprendre les marchés. Mais on ne peut pas jouer indéfiniment sur l'effet de surprise: un jour ou l'autre, on finit par décevoir", a ajouté ce responsable.

"Il Faut Faire Quelque Chose"

Trois quarts des professionnels des marchés financiers interrogés il y a quelques jours par Reuters ont jugé probable une amplification du programme d'assouplissement quantitatif (QE) de la BCE à l'issue du conseil des gouverneurs du 3 décembre face à la faiblesse de la croissance et de l'inflation dans la zone euro.

"Nous sommes en déflation, donc il faut faire quelque chose", a dit une autre source.

Reste que les divisions persistantes au sein du conseil compliquent l'élaboration d'un plan d'action cohérent et convaincant au cours des réunions préparatoires de cette semaine à Francfort.

Des annonces jugées décevantes le 3 décembre risqueraient de déstabiliser les marchés.

Le président de la BCE, Mario Draghi, a clairement laissé entendre ces dernières semaines qu'il était prêt, si nécessaire, à amplifier le QE, qui porte pour l'instant sur 60 milliards d'euros par mois et doit s'achever en septembre 2016, ainsi qu'à réduire le taux de la facilité de dépôt, fixé pour l'instant à -0,2% et qui revient à faire payer les banques lorsqu'elles déposent des liquidités auprès de la banque centrale.

Pour amortir l'impact d'une baisse du taux de dépôt, celui-ci pourrait varier en fonction du montant des liquidités déposées.

à Draghi De Trouver Un Compromis

"Cela pourrait être conjugué à un plafonnement, afin qu'à partir d'un certain stade, la liquidité ne puisse être déposée au jour le jour qu'à un taux plus élevé", a dit un responsable. "La question d'une baisse du taux de dépôt en décembre et ses modalités restent en discussion."

Enfoncer un peu plus le taux de dépôt en territoire négatif risquerait de pénaliser particulièrement les banques allemandes et françaises, principales utilisatrices de la facilité de dépôt.

Au total, les dépôts des banques auprès de la BCE représentent environ 170 milliards d'euros.

Une autre des possibilités débattues consisterait à acheter des prêts bancaires, malgré le fait que cela implique un risque de non-remboursement.

Une source proche du dossier a expliqué que ces prêts pourraient être regroupés avec des prêts plus sûrs. "On pourrait acheter des portefeuilles de prêts non-performants combinés à des prêts de qualité", a dit la source, avant d'ajouter: "si on en arrive là, c'est que la situation est très mauvaise."

Une telle proposition ne manquerait pas toutefois de se heurter aux réticences allemandes puisque la représentante de Berlin au directoire de la BCE, Sabine Lautenschläger, a encore critiqué lundi l'idée même d'une amplification du QE.

Mario Draghi doit donc trouver, au sein de la vingtaine d'options à sa disposition, un compromis acceptable pour la majorité des 19 banques centrales de la zone euro, de l'Allemagne à la Grèce. Et bien sûr, une majorité qui soit la plus large possible.

"La BCE ne parle pas d'une seule voix et cela nuit à sa crédibilité", souligne Sylvester Eijffinger, de l'université néerlandaise de Tibourg. (Marc Angrand pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten)

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