France-Le secteur du bâtiment s'en prend aux objectifs carbone

jeudi 19 novembre 2015 10h30
 

PARIS, 19 novembre (Reuters) - La Fédération française du bâtiment (FFB) a vertement critiqué jeudi, à moins de deux semaines de la COP21, les objectifs fixés au secteur dans le cadre de la stratégie nationale bas-carbone de la loi de transition énergétique, jugeant ceux-ci irréalistes voire mensongers.

La France entend réduire de 40% ses émissions totales de gaz à effet de serre d'ici 2030, par rapport à leur niveau de 1990, et de 75% à l'horizon 2050. Pour cela, le plus gros effort sera demandé au secteur résidentiel tertiaire.

"Fils d'une vision unidimensionnelle hors sol, l'objectif de réduire pour le seul secteur du bâtiment de 54% entre 2013 et 2028 les émissions de gaz à effet de serre, qui fonde la stratégie bas carbone, n'est pas qu'irréaliste", a déclaré Jacques Chanut, président de la FFB, selon le texte d'un discours préparé pour un sommet organisé par la fédération sur le thème de la transition énergétique.

"Il conduit, d'une part, à exonérer les autres secteurs de tout effort ou presque. Mais surtout, d'autre part, c'est un mensonge (...) Ce n'est pas en affichant des chiffres magiques ou des buts magnifiques mais sans cesse repoussés que l'on construit la confiance", a-t-il ajouté.

Selon les chiffres du ministère de l'Ecologie, le bâtiment représente 20% des émissions de gaz à effet de serre (et près d'un quart si on tient compte de la production d'énergie de chauffage).

L'objectif assigné aux transports, premier secteur émetteur de gaz à effet de serre avec 27% du total, est une baisse de 29% des émissions d'ici 2028 par rapport à 2013, soit environ deux fois moindre que le bâtiment, et d'au moins 70% d'ici 2050.

Pour le résidentiel-tertiaire, l'objectif est fixé à -87% à l'horizon 2050, toujours via l'amélioration de la performance énergétique des nouveaux bâtiments neufs construits, une rénovation énergétique massive dans l'ancien et une meilleure maîtrise des consommations pendant la vie du bâtiment.

Dans l'agriculture (19% des émissions), l'objectif est une baisse de 12% entre 2013 et 2028 et de 50% entre 1990 et 2050, et dans l'industrie (18% du total), une diminution de 24% entre 2013 et 2028 et de 75% d'ici 2050.

Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, estime que le développement de cette économie bas-carbone permettra un surcroît de croissance du produit intérieur brut (PIB) et 100.000 à 350.000 créations d'emplois sur les vingt prochaines années.

La FFB, qui représente les deux-tiers du secteur du bâtiment en France, y voit plutôt un effort supplémentaire qu'elle chiffre à 45 milliards d'euros par an d'ici 2020 et qu'elle juge totalement disproportionné.

La 21e conférence des Nations unies sur les changements climatiques doit se tenir du 30 novembre au 11 décembre, au Bourget. Elle tentera d'aboutir à un premier accord universel et contraignant pour maintenir l'élévation de la température de la planète en deçà de 2°C. (Gilles Guillaume, édité par Jean-Michel Bélot)