** LE POINT SUR LES MARCHÉS à la clôture en Europe **

jeudi 22 janvier 2015 18h20
 

PARIS/LONDRES, 22 janvier (Reuters) - Les Bourses européennes ont terminé en
nette progression jeudi, saluant, après moment d'hésitation et de prises de
profits, la décision historique de la Banque centrale européenne de lancer un
vaste plan de rachats de dettes souveraines. 
    L'annonce, qui vise à prévenir le risque de déflation et à relancer la
croissance dnas la zone euro, a fait plonger l'euro tout près de 1,14 dollar et
les rendements des obligations européennes à de nouveaux records à la baisse.   
    La BCE a franchi l'étape ultime en matière de politique monétaire en lançant
un programme de rachats d'obligations d'Etat qui lui permettra d'injecter des
centaines de milliards d'euros dans le système financier de la zone euro pour
tenter de relancer le crédit et l'activité. 
    La nouvelle politique d'assouplissement quantitatif ("quantitative easing",
QE) de la BCE débutera en mars et s'achèvera en septembre 2016, en dépit des
réticences exprimées par certains pays, Allemagne en tête.
    Avec les mesures déjà prises de rachats de titres privés et de crédit bon
marché accordé aux banques, la BCE injectera désormais 60 milliards d'euros dans
l'économie chaque mois, a précisé Mario Draghi, le président de la BCE.  
    "En bref, la BCE semble  avoir pris le taureau par les cornes", estime
Benoît Anne, stratégiste sur les marchés à la Société générale. 
    À Paris, l'indice CAC 40 a fini en hausse pour la sixième séance
d'affilée, gagnant 1,52% à 4.552,80 points, son plus haut niveau de clôture
depuis le mois de juin. Le Footsie britannique a pris 1,02% et le Dax
allemand 1,32%, tandis que l'indice EuroStoxx 50 a gagné
1,62% et le FTSEurofirst 300 1,56% à 1.453,37 points, un pic de sept
ans. 
    Même Athènes (+1,14%) a gagné du terrain à trois jours des élections
législatives grecques, alors que le parti de la gauche radicale anti-austérité
Syriza est donné gagnant face à la Nouvelle démocratie (ND) au pouvoir.
    Pourtant, le Premier ministre Antonis Samaras a affirmé que le pays ne
pourrait pas bénéficier du programme de la BCE si elle ne trouvait pas un
terrain d'entente avec ses créanciers sur le plan d'aide actuel. 
    A Wall Street, au moment de la clôture en Europe, le Dow Jones prenait 0,8%,
le S&P-500 0,85% et le Nasdaq 1%, après une phase de grande volatilité là aussi
en début de séance.
    D'un point de vue sectoriel, en Europe, presque tous les indices ont fini
dans le vert, cycliques et financières en tête, à l'exception du secteur très
défensif de la santé qui a cédé un petit 0,1%. L'indice du secteur
automobile a pris 3,19%, les bancaires 2,7%, les produits de
base 2,84% et la construction et des matériaux 2,17%.
    A Paris, Saint-Gobain a pris 5,11%, plus forte hausse du CAC et de
l'EuroStoxx 50, Alcatel-Lucent 5,09%, dopé par une recommandation de
Goldman Sachs, Renault 3,78% et Société générale 3,72%.
    Essilor en revanche est retombé de 2,6%, plus forte baisse de
l'EuroStoxx 50, après avoir gagné plus de 12% en onze séances.     
    La devise européenne a touché son plus bas niveau depuis plus de 11 ans face
au dollar, juste au-dessus de 1,14 dollar.
    Mario Draghi "a sorti le bazooka (...) C'est un programme important et
crédible", dit David Keeble, responsable des marchés de taux au Crédit agricole
à New York.  
    Malgré la réaction positive des marchés au plan de la BCE, certains gérants
de portefeuilles et analystes doutent de sa capacité à relancer la croissance.
    "Je pense toujours que cela aura peu d'impact réel sur l'économie de la zone
euro car les rendements des obligations d'Etat sont déjà au plus bas et les
rendements des obligations d'entreprises non spéculatives sont à 1% en moyenne
voir moins", dit Edmund Shing, gérant chez BCS Asset Management.    
    Sur le front obligataire, tous les titres européens concernés par le plan de
rachats ont été recherchés, ce qui a entraîné leurs rendements à de nouveaux
records à la baisse. De même, les obligations du Trésor américain, dont les taux
sont plus attractifs, ont profité de l'annonce.
    La BCE espère que la baisse des rendements de la dette souveraine incitera
les investisseurs à prendre plus de risques, du côté de la dette d'entreprises.
    "Les investisseurs vont être poussés vers des actifs à rendements plus
élevés", dit Wilmer Stith, gérant obligataire chez Wilmington Trust à Baltimore,
dans l'Etat du Maryland. "C'est ce que la BCE cherche à provoquer. Ils veulent
engager plus de prises de risques dans l'économie."
    Sur le marché pétrolier, le Brent retombe vers les 48 dollars le baril après
l'annonce du programme de la BCE, qui devrait pousser le dollar à de nouveaux
pics contre l'euro et peser par ricochet sur les cours des matières premières.
Des stocks de brut américains plus importants pèsent aussi sur la tendance.
    * Tableau des principaux marchés mondiaux : 

 (Avec Alexandre Boksenbam-Granier, Blaise Robinson et Marius Zaharia et
Juliette Rouillon pour le service français, édité par Marc Angrand)