22 janvier 2015 / 15:23 / dans 3 ans

CORR-ENCADRE-A Strasbourg, les "Lumières" au secours des enseignants

(Bien lire “cherché” au lieu de “mérité”, § 9)

par Gilbert Reilhac

STRASBOURG, 22 janvier (Reuters) - Au lycée Jean Monnet de Strasbourg, des professeurs ont créé un collectif “Lumières” pour combattre “l‘infâme” après les attentats de Paris et Montrouge, “contre le fanatisme religieux et pour la tolérance”.

“On est en ébullition, on sait juste qu‘on a envie d‘être ensemble et d‘aller dans la même direction, lumineuse”, explique à Reuters Céline Righi.

Après l‘attentat contre Charlie Hebdo et les attaques qui ont fait 17 morts, ce professeur de français, qui enseigne à des classes de seconde et de première depuis 2010 dans l‘établissement, a parlé de la liberté d‘expression à ses élèves avec le renfort de Voltaire.

“Ma première réaction a été de passer par ses textes et la Déclaration des droits de l‘Homme et du citoyen. Voltaire parle de la liberté d‘expression, du fanatisme religieux. Ça soulève des débats, mais qui restent encadrés. Les élèves font eux-mêmes spontanément des liens avec l‘actualité”.

Le collectif “Lumières”, en référence au mouvement intellectuel du XVIIIe contre l‘obscurantisme, va “essayer d‘élaborer une stratégie” pour répondre aux interrogations divergentes des élèves.

“On voudrait que chaque élève dispose de son esprit critique”, souligne Céline Righi.

Une vingtaine de professeurs compose ce groupe, qui espère voir ses rangs grossir dans un établissement où sont scolarisés les enfants de plusieurs cités “sensibles”.

“FRACTURE”

“On était tous logés à la même enseigne : on a senti qu‘on était en première ligne et qu‘on n‘était pas bien armés. On s‘est dépatouillés comme on a pu”, explique l‘enseignante.

“Il y a des élèves qui se sentaient choqués par les caricatures (de Mahomet), mais aucun n‘a justifié ce qui s‘était passé”, raconte-t-elle, alors que dans d‘autres classes, des élèves ont lâché que les dessinateurs de Charlie Hebdo l‘avaient “bien cherché”. D‘autres interrogent, en référence au polémiste qualifié d‘antisémite par le gouvernement : “Et Dieudonné, pourquoi on lui met une muselière?”

Il y a enfin les théories du complot, qui reviennent dans les échanges : “Pourquoi le policier tué près de Charlie Hebdo n‘avait pas de sang sur lui?”

Le collectif “Lumières” s‘est attaché à rédiger des réponses à toutes les questions soulevées.

“Je n‘aborde plus directement le sujet Charlie. Les élèves arrivent à saturation et nous aussi. On a besoin de laisser décanter pour aérer notre esprit”.

Céline Righi a conscience que des “mesures beaucoup plus profondes” restent à prendre.

“Il faut trouver où est la racine du mal, (...) il y a aussi un travail de justice sociale à faire, il y a une mauvaise répartition des richesses”.

“C‘est une fracture beaucoup trop profonde pour qu‘une Marseillaise chantée à l‘école suffise à la réparer”. (Edité par Sophie Louet)

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