SYNTHESE 2-La zone euro menacée d'une nouvelle contraction du PIB

mercredi 3 décembre 2014 17h28
 

* Les PMI en zone euro reflètent un risque élevé de baisse
du PIB
    * Les chiffres en Asie un peu meilleurs
    * Le Royaume-Uni reste le bon élève de l'Europe

 (Actualisé avec les indices Markit et ISM américains en fin de
dépêche)
    par Jonathan Cable
    LONDRES, 3 décembre (Reuters) - Le risque d'une contraction
de l'économie dans la zone euro est de retour, l'activité dans
le secteur privé ayant augmenté moins qu'attendu en novembre en
dépit d'une baisse marquée des prix, montrent mercredi les
enquêtes mensuelles auprès des directeurs d'achat.
    Cette situation devrait nourrir le débat au sein de la
Banque centrale européenne (BCE), qui réunit jeudi son Conseil
des gouverneurs, sur l'opportunité de nouvelles mesures de
soutien à l'activité et de lutte contre la faiblesse
"dangereuse" de l'inflation.
    Parallèlement, les enquêtes auprès des entreprises chinoises
du secteur des services traduisent une légère accélération de la
croissance, même si celles menées dans le secteur manufacturier,
publiées lundi, suggèrent un ralentissement de l'activité
industrielle.  
    L'indice PMI composite définitif des directeurs d'achats de
Markit est ressorti à 51,1 pour l'ensemble de la zone euro,
contre 52,1 en octobre, 52,0 en septembre et une estimation
"flash" de 51,4.
    Ce baromètre de l'activité du secteur privé reste pour le
17e mois consécutif au-dessus du seuil de 50 séparant
contraction et expansion, mais le sous-indice des nouvelles
commandes est passé sous cette barre pour la première fois
depuis la mi-2013, augurant d'un nouvel accès de faiblesse en
décembre.
    "Les chiffres de la zone euro indiquent que l'économie
avance, mais à la vitesse d'un escargot; la BCE reste sous
pression", commente Philip Shaw, économiste d'Investec.
    
    "QUASI-STAGNATION"
    "La zone euro file tout droit vers une maigre hausse de 0,1%
du produit intérieur brut (PIB) au quatrième trimestre, avec une
forte probabilité de quasi-stagnation voire de nouvelle
contraction au début de l'année prochaine à moins de signes de
frémissement de la demande", a déclaré Chris Williamson, chef
économiste chez Markit.
    Une enquête de Reuters menée le mois dernier prédit une
croissance de 0,2% du PIB de la zone euro au quatrième trimestre
et de 0,3% sur les trois premiers mois de 2015.
    L'indice du seul secteur des services est revenu à 51,1
contre 52,3 en octobre et une estimation "flash" de 51,3, au
plus bas depuis 11 mois.
    L'enquête de Markit montre en outre que les entreprises ont
encore réduit leur prix en novembre, comme elles le font depuis
maintenant trois ans.
    L'inflation dans la zone euro, elle, a reculé à 0,3% en
rythme annuel le mois dernier selon l'estimation préliminaire
d'Eurostat, s'enfonçant un peu plus dans ce que la BCE appelle
la "zone dangereuse", c'est à dire sous 1%.
    Pour autant, la banque centrale ne devrait pas annoncer
jeudi de nouvelles mesures d'assouplissement de sa politique,
déjà extrêmement accommodante. 
    Après avoir mis en oeuvre ces dernières semaines un plan
d'achats d'obligations sécurisées puis de titres adossés à des
actifs (ABS), l'institution de Francfort allouera la semaine
prochaine aux banques une nouvelle enveloppe de prêts à quatre
ans à taux très faible. 
    
    LA CHINE ENCORE FRAGILE 
    Mais les divergences au sein du Conseil l'empêchent pour
l'instant de franchir le pas des achats de dette souveraine,
considérés comme une prochaine étape logique par nombre
d'observateurs.
    La zone euro fait pourtant figure de mouton noir en terme de
croissance à l'échelle mondiale: outre le petit mieux constaté
en Chine, le Royaume-Uni bénéficie d'une accélération de sa
croissance et les enquêtes attendues mercredi aux Etats-Unis
devraient refléter une accélération de la croissance des
services.
    En Chine, l'indice PMI officiel des services a atteint 53,9
en novembre après 53,8 le mois précédent et l'indice HSBC-Markit
s'est inscrit à 53,0 contre 52,9, le sous-indice des nouveaux
contrats traduisant même la plus forte hausse depuis deux ans et
demi. 
    Les enquêtes chinoises dressent cependant un tableau plus
mitigé du marché du travail. Certains économistes s'attendent
donc à un nouvel assouplissement de la politique monétaire de la
Banque populaire de Chine au cours des prochains mois, après la
baisse des taux annoncée le 21 novembre.
    Parmi les autres grands pays émergents, l'Inde affiche la
croissance la plus élevée des services depuis cinq mois alors
qu'en Russie, le secteur affiche sa contraction la plus marquée
depuis mi-2009, avec la dépréciation du rouble et les sanctions
occidentales liées à la crise ukrainienne. 
    Aux Etats-Unis, l'expansion dans les services à ralenti le
mois dernier selon l'enquête Markit, dont l'indice est revenu à
56,2, son plus bas niveau depuis avril.
    L'indice concurrent de l'Institute for Supply Management
(ISM) a parallèlement progressé à 59,3, se rapprochant un peu
plus de son pic d'août (59,6), qui marquait son plus haut niveau
depuis la fin de la récession.

 (Benoit Van Overstraeten et Marc Angrand pour le service
français, édité par Véronique Tison)