3 décembre 2014 / 12:52 / dans 3 ans

L'Europe en force sur le marché chinois du lait maternisé

par Adam Jourdan et Martinne Geller

SHANGHAI/LONDRES, 3 décembre (Reuters) - Le trèfle irlandais bien visible sur les boîtes de lait maternisé du géant chinois du secteur Beingmate vise à rassurer les consommateurs sur l‘origine du principal constituant du produit après l‘alerte alimentaire encore dans toutes les mémoires en Chine et qui avait impliqué la Nouvelle-Zélande, premier exportateur mondial de lait.

Jusqu‘à l‘année dernière, la provenance néo-zélandaise d‘un lait maternisé était considérée comme un gage de qualité en Chine où les scandales alimentaires sont fréquents et où du lait maternisé produit localement avait provoqué la mort d‘au moins six nourrissons en 2008.

Cette réputation a été sérieusement écornée lorsque le groupe agroalimentaire néo-zélandais Fonterra a dit que certains de ses produits pourraient avoir été contaminés par des bactéries.

Bien qu‘il se soit agit d‘une fausse alerte, les producteurs de lait maternisé ont réduit leurs approvisionnements en provenance de Nouvelle-Zélande, préférant mettre en avant l‘origine européenne de leur lait.

“La préférence, pour l‘instant, est passée de la Nouvelle-Zélande à l‘Europe”, a déclaré un dirigeant basé en Chine d‘une grande multinationale produisant du lait maternisé, qui a requis l‘anonymat. Mettre en avant la provenance européenne rend le produit plus attrayant pour les consommateurs chinois, a-t-il ajouté.

En leur donnant ce qu‘ils attendent, les producteurs locaux comme internationaux ont de meilleures chances de se développer sur un marché du lait maternisé chinois dont le cabinet de consultants Euromonitor s‘attend à ce qu‘il double de taille en quatre ans pour atteindre 62 milliards de dollars (50 milliards d‘euros) de facturations en 2017.

Le lait maternisé est aussi un moyen de pénétrer le marché chinois des produits laitiers dont il est attendu qu‘il devienne le premier au monde en 2017.

DANONE EN POINTE

Des spécialistes européens des produits laitiers européens comme l‘irlandais Glanbia, le danois Arla Foods ou le néerlandais FrieslandCampina se sont mis sur les rangs d‘autant que la fin des quotas laitiers fin 2015 devrait libérer des capacités à l‘export.

“Notre histoire et nos racines et le fait que tous nos produits viennent du nord de l‘Europe, c‘est ce que nous essayons d‘expliquer aux consommateurs”, a dit Frede Juulsen, premier vice-président d‘Arla Foods à Reuters.

A l‘instar de Beingmate ou de son concurrent chinois Biostime, l‘américain Mead Johnson Nutrition ou le suisse Nestlé mettent en avant l‘origine européenne du lait qu‘ils utilisent.

Sur son site chinois de vente en ligne, Danone, numéro deux mondial du lait infantile, affiche en gros sur la bannière ventant les mérites de son lait maternisé Dumex qu‘il est 100% importé d‘Europe.

Les ventes de la marque avaient plongé en Chine après l‘alerte sur Fonterra, ce qui avait conduit Danone à mettre fin à son contrat avec le néo-zélandais et à engager des poursuites contre lui.

Le groupe français a par ailleurs annoncé fin octobre un investissement de plus de 400 millions d‘euros dans le producteur chinois de lait maternisé Yashili International Holdings, renforçant encore ses liens avec le numéro un chinois des produits laitiers China Mengniu Dairy, actionnaire majoritaire de Yashili.

Abbott Laboratories, qui avait rappelé certains produits en Chine après l‘alerte Fonterra, dit aussi sur son site chinois qu‘il s‘approvisionne en Espagne, au Danemark et en Irlande, sans aucune mention de la Nouvelle-Zélande.

Ni Abbott, ni Danone n‘ont souhaité faire de commentaires sur ce sujet.

Un porte-parole de Nestlé a dit que le groupe importait du lait infantile commercialisé en Chine d‘Europe en raison “de la préférence actuelle des consommateurs chinois” mais qu‘il produisait localement la majeure partie du lait maternisé vendu en Chine. Un porte-parole de Mead Johnson a dit que son groupe utilisait du lait en provenance d‘un large éventail de pays.

La part de la Nouvelle-Zélande dans les importations de lait maternisé par la Chine a été divisée par deux sur les neufs premiers mois de cette année par rapport à la période correspondante de 2012 pour tomber à 9%, selon des données de l‘industrie chinoise des produits laitiers. Fonterra assure l‘essentiel des exportations de produits laitiers néo-zélandais.

Une porte-parle de Fonterra basée à Shanghai a dit que le marché chinois du lait maternisé avait toujours été très concurrentiel. “Nous sommes un fournisseur à grande-échelle d‘ingrédients pour ce marché et nous avons constaté une demande toujours forte par les consommateurs de nos ingrédients.”

La Nouvelle-Zélande demeure le principal fournisseur de lait en poudre de la Chine mais l‘Europe, l‘Australie et les Etats-Unis gagnent du terrain. (avec Dominique Vidalon, Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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