27 novembre 2014 / 15:58 / il y a 3 ans

DEALTALK-Entre EE et O2, le choix du coeur ou de la raison pour BT

* BT en discussion avec EE, O2 depuis une dizaine de jours-sces

* EE a des atouts mais le prix et l'actionnariat pourraient peser

* O2 détient moins de fréquences mais coûte moins cher

* Le prix et la structure de l'offre seront déterminants

* Le perdant devra trouver une autre solution de convergence

par Kate Holton et Anjuli Davies et Gwénaëlle Barzic

LONDRES/PARIS, 27 novembre (Reuters) - Déterminé à reconquérir le mobile, l'opérateur britannique BT va devoir décider s'il tente le pari EE avec à la clef le premier parc d'abonnés du pays ou opter pour la solution O2, plus simple et moins risquée.

Les propriétaires de EE, le français Orange et l'allemand Deutsche Telekom, ont confirmé avoir engagé des discussions avec l'ancien monopole britannique, qui est également en pourparlers avec la filiale britannique de Telefonica depuis une dizaine de jours, selon des sources. et

Une transaction donnerait naissance à un acteur tout puissant présent dans le fixe, le mobile et la télévision et pourrait déclencher une réaction en chaîne sur un marché resté jusque-là plutôt hermétique à la lame de fond de la convergence.

En jeu, le prix mais aussi la structure de l'offre qui pourrait intégrer une partie en actions ou des échanges d'actifs de même que la nécessité éventuelle pour BT de procéder à une augmentation de capital, soulignent des banquiers et des sources du secteur.

Son parc de 25 millions d'abonnés, son réseau et son portefeuille de fréquences font de EE une cible séduisante mais son prix et son double actionnariat pourraient faire hésiter.

O2 détient quant à lui un peu moins d'abonnés (22 millions) et moitié moins de fréquences, mais il offre la perspective d'un accord meilleur marché. Il partage aussi une histoire commune avec BT, qui s'en était séparé en 2001.

"BT est dans un fauteuil confortable", commente un banquier spécialisé dans les télécoms qui n'a pas souhaité être identifié. "Ni Telefonica ni EE ne sont dans une bonne position. Ils peuvent se lancer dans une bataille de prix mais qui n'ira que dans un seul sens : à la baisse."

Citigroup valorise EE à 11 milliards de livres (14 milliards d'euros) et O2 à 9,4 milliards.

Au jeu des comparaisons, la coentreprise d'Orange et de Deutsche Telekom coche de nombreuses cases.

L'opérateur, qui détient 33,8% du marché en termes de revenus des services mobiles, a pris un avantage décisif dans la 4G en déployant un réseau couvrant 75% de la population, ce qui lui a permis de recruter 5,6 millions d'abonnés très haut débit.

Mais la coentreprise, pilotée à parts égales par ses propriétaires français et allemand, souffre de la laborieuse intégration des deux actifs dont il est issu : Orange UK et T-Mobile UK. Quatre ans après, ses systèmes informatiques ne sont toujours pas harmonisés, selon des sources internes.

O2, au coude à coude avec Vodafone pour la deuxième place du podium avec 26,2% de parts de marché, bénéficie quant à lui d'une marque à forte notoriété. Son ADN commun avec BT pourrait permettre une meilleure compatibilité de leurs infrastructures, soulignent certains observateurs.

POUR ET CONTRE

Au jeu des pronostics, les avis sont partagés.

"Sur le papier, EE a peut-être l'avantage mais O2 est très bon et dispose d'une solide base clients", estime un banquier du secteur, selon lequel un rachat d'O2 créerait davantage de valeur pour BT. "Les deux iraient très bien pour BT et il n'y pas d'écart majeur en termes de synergies."

"Ce type d'opération n'est pas seulement destinée au court terme. Au long cours, détenir davantage de fréquences peut être un élément clef pour développer des services dont on ne connaît pas encore l'existence", fait valoir un autre banquier qui penche pour EE.

Au final, le choix sera vraisemblablement déterminé par le prix et la structure, s'accordent à penser plusieurs sources alors que BT doit conserver des marges de manoeuvre pour les prochaines enchères de la Premier League de football l'an prochain.

Telefonica a approché BT avec un scénario dans lequel l'espagnol serait payé avec environ 20% d'actions BT, soit environ huit milliards d'euros, et une partie additionnelle en cash, ont dit des sources mardi à Reuters. Il reste à savoir si les propriétaires de EE seraient prêts à accepter un règlement en cash et actions similaires.

Pour Bruno Grandsard, gestionnaire de portefeuille à AXA Investment Management, BT n'a que des cartes gagnantes dans sa main.

"Les Allemands et les Français seraient heureux de recevoir du cash mais n'en ont pas désespérément besoin. Telefonica a davantage besoin de cet argent, donc il a plus de raisons de proposer une offre plus avantageuse pour BT", explique-t-il.

Même si EE dispose d'autres options, comme la relance de son projet d'IPO, le perdant du duel risque de se retrouver sur la touche si la convergence qui permet de proposer des offres couplées fixe-mobile gagne finalement la Grande-Bretagne.

Pour Sébastien Crozier, président de la CFE-CGC d'Orange, l'opération pose par ailleurs la question du poids de l'opérateur français à l'international face à l'émergence de géants internationaux.

"Si cela se faisait, cela voudrait dire qu'Orange va encore vendre des joyaux de la couronne", estime-t-il. (Avec Leila Abboud, Pamela Barbaglia, Harro ten Wolde, Paul Sandle, Julien Toyer, édité par Dominique Rodriguez)

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