November 26, 2014 / 1:12 PM / 3 years ago

Opep-L'idée d'une baisse de la production s'éloigne

5 MINUTES DE LECTURE

* Iran-certains pays de l'Opep pensent parts de marché

* Pression sur les non-Opep pour qu'ils coopèrent

* La Russie refuse tout engagement formel

par Alex Lawler et Amena Bakr

VIENNE, 26 novembre (Reuters) - L'Arabie saoudite, le premier exportateur mondial de pétrole, a signalé mercredi qu'elle n'interviendrait sans doute pas en faveur d'une modification majeure de la production de l'Opep lors de la réunion qui se tiendra jeudi, la Russie ayant refusé de participer à toute réduction des extractions.

Le baril de Brent a chuté de plus 30% depuis juin pour tomber sous le seuil des 80 dollars, victime de l'explosion de l'exploitation des schistes et du ralentissement économique mondial, et les marchés estiment que seule une révision des quotas de production pourrait enrayer la dégringolade des cours. De ce point de vue, la réunion de jeudi sera donc l'une des plus importantes de l'organisation ces dernières années.

Le ministre saoudien du Pétrole Ali al Naïmi a dit que Ryad s'attendait à une "stabilisation d'elle-même du marché à terme" mais a refusé de commenter les discussions qui ont eut lieu mardi avec l'Arabie Saoudite, le Venezuela et le Mexique et n'ont donné lieu à aucun accord.

Son homologue iranien Bijan Zangeneh a de son côté déclaré que certains membres de l'Opep, mais pas l'Iran lui-même, se préparaient à une bataille des parts de marché et a jugé nécessaire la participation des pays non-membres de l'Opep aux efforts de baisse de la production.

"La chose la plus importante pour nous tous est l'unité et la solidarité de l'Opep et dans cette situation, je pense que nous avons besoin de la contribution des pays non-membres de l'Opep pour réguler le marché", a-t-il dit à la presse.

Le Premier ministre libyen non reconnu Omar al Hassi, qui entend envoyer son propre ministre du Pétrole à Vienne, a dit qu'il refuserait de se conformer aux décisions du cartel si l'accès à cette réunion lui était interdit.

Trois ans après la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye est plongée dans le chaos, avec deux gouvernements et deux parlements, diverses factions armées se disputant le pouvoir et le contrôle des ressources pétrolières.

Parmi les membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, le Venezuela et l'Irak ont appelé à une réduction de la production. Le ministre saoudien du Pétrole Ali al Naïmi n'a fait aucun commentaire sur ce que ferait l'organisation.

Scepticisme Russe

La Russie, qui ne fait pas partie de l'Opep, produit 10,5 millions de barils de pétrole par jour (bpj), soit 11% de la production mondiale. Les participants de la réunion de mardi s'attendaient à ce que Moscou, qui souffre de la baisse des cours et des sanctions occidentales pour son rôle dans la crise ukrainienne, consente à réduire la production pour faire remonter les cours.

Mais Igor Setchine, à la tête du géant pétrolier russe Rosneft, a surpris tout le monde en déclarant que Moscou ne baisserait pas sa production de brut même si le baril tombait à 60 dollars.

Le PDG de Rosneft a dit s'attendre à ce que les prix bas affectent davantage les pays producteurs aux coûts élevés, faisant allusion à l'explosion de la production de schistes aux Etats-Unis.

Beaucoup de membres de l'Opep ont été surpris par les propos d'Igor Setchine, semblant montrer que Moscou était prêt à une guerre de prix alors que la Russie a besoin d'un baril au-dessus de 100 dollars pour équilibrer son budget.

Mercredi, le ministre russe de l'Energie Alexander Novak avait déclaré que la production russe de pétrole serait l'an prochain à peu près du même niveau que celle de 2014. Il se disait également sceptique quant à l'éventualité de voir l'Opep réduire sa production jeudi.

Le délégué d'un petit pays de l'Opep avait dit également mercredi que la réunion de Vienne pourrait être prolongée de plusieurs jours afin d'arracher un accord. "Ils doivent s'entendre, même s'ils doivent rester ici pendant deux jours. C'est une question de vie ou de mort pour les budgets", avait déclaré le délégué.

Les pays de l'Opep produisent 30 millions de barils par jour (bpj), soit un tiers de la production mondiale. Les propres données de l'Opep montrent que l'offre dépassera la demande mondiale de plus d'un million de bpj au premier semestre de l'an prochain.

En privé, certains responsables saoudiens ont déclaré ces derniers mois que le royaume était préparé à résister à une baisse des prix jusqu'à 70 dollars le baril pendant une période prolongée.

Ces messages ont alimenté des théories du complot soutenant que l'Arabie saoudite cherchait à freiner l'essor du pétrole de schiste aux États-Unis, qui a besoin de prix élevés pour rester rentable, ou encore que Riyad voulait saper l'influence de Téhéran et de Moscou en raison de leur soutien à l'ennemi juré Bachar al Assad, le président syrien.

"Je pense que même l'Arabie Saoudite ne sait pas encore si une réduction peut être réalisée", a commenté Virendra Chauhan, analyste du think tank Energy Aspects. (avec Rania el-Gamal et David Sheppard, Claude Chendjou pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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