Les marchés européens se tendent, doutes sur la BCE

jeudi 16 octobre 2014 10h41
 

par John Geddie
    LONDRES, 16 octobre (Reuters) - Les coûts d'emprunt de
certains des pays les plus endettés de la zone euro sont
repartis à la hausse jeudi, les marchés financiers restant
soumis à de fortes tensions face à la multiplication des signes
de ralentissement de l'économie mondiale et à l'absence de
soutien monétaire à brève échéance.
    Le rendement des obligations grecques à 10 ans est repassé
au-dessus de la barre symbolique de 8% pour la
première fois depuis février. Vers 8h10 GMT, le rendement
italien s'affichait en hausse de 13 points de base à 2,52%
, l'espagnol en hausse de 10 points à 2,20%
 et le portugais prenait 11 points à 3,41%
. 
    Les écarts de rendement de ces pays avec les titres
allemands, considérés comme faisant partie des plus sûrs de la
zone euro, sont à leur plus haut niveau depuis deux mois. Le
rendement à 10 ans français, lui, s'affichait à 1,17%, contre
1,135% mercredi. 
    Les Bourses européennes, qui avaient perdu plus de 3%
mercredi, ont débuté dans le vert mais ce rebond reste fragile :
après une heure d'échanges, l'indice paneuropéen FTSEurofirst
300 prenait 0,1% et à Paris, l'indice CAC 40 
était pratiquement inchangé, mais Milan cédait 0,65%,
Madrid 0,87% et Athènes 1,57%. 
    Certains investisseurs commencent à s'interroger sur la
capacité réelle de la Banque centrale européenne (BCE) à
prévenir une nouvelle crise de la dette souveraine en zone euro.
    "C'est un début (...) mais si le marché perd confiance dans
ce que peut faire la politique monétaire pour endiguer le
ralentissement de la croissance mondiale et le risque de
déflation, cela pourrait devenir un problème bien plus grave",
explique Mathias van der Jeugt, responsable de la stratégie taux
de la banque KBC. 
    
    "LA BCE N'A PLUS QU'UNE CARTE À JOUER"
    C'est dans ces conditions que le Trésor espagnol doit
adjuger dans la journée entre 2,5 et 3,5 milliards d'euros
d'obligations à 10 et 15 ans, tandis que la France prévoit de
placer 6,5 à 7,8 milliards de dette. 
    Le soudain regain de nervosité des marchés est lié entre
autres aux craintes de voir la Grèce s'affranchir trop tôt du
soutien du Fonds monétaire international (FMI), pour des raisons
principalement politiques.
    Alors que la Bourse d'Athènes a chuté de plus de 11% en deux
jours, la BCE a réduit la décote qu'elle applique sur les
obligations que les banques grecques apportent comme garantie
pour emprunter à ses guichets, ce qui leur permet d'accéder à
davantage de liquidités, a dit à Reuters un responsable de la
banque centrale grecque. 
    Les investisseurs sont aussi préoccupés par la perspective
de voir la Commission européenne retoquer les budgets français
et italien, qui ne respectent pas les européens initiaux en
matière de réduction des déficits.
    Certains surveillent aussi les audiences qui ont débuté
mardi à la Cour européenne de justice sur les OMT (opérations
monétaires sur titres) de la BCE, en clair son engagement à
acheter sur les marchés des obligations d'Etat pour prévenir une
crise, un programme contre lequel des Allemands ont porté
plainte en estimant qu'il violait à la fois la constitution
allemande et le mandat de la banque centrale.
    Si ces plaintes aboutissent, la principale arme
d'assouplissement quantitatif dont dispose la BCE pour venir en
aide au marché de la dette souveraine serait neutralisée.
    "La BCE n'a plus qu'une carte à jouer et elle ne semble pas
près de le faire", a dit un trader obligataire. 
    * Tableau des principaux marchés mondiaux : 

 (Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique
Tison)