Wall Street craint l'impact du dollar fort sur les résultats

dimanche 5 octobre 2014 17h06
 

par Caroline Valetkevitch
    NEW YORK, 5 octobre (Reuters) - La semaine qui vient sera
marquée à Wall Street par le début des publications de résultats
des entreprises au troisième trimestre et les investisseurs
craignent tout particulièrement l'impact du dollar fort.
    Le billet vert s'est apprécié de 8% face à un panier de six
grandes devises depuis la fin juin, et il s'est repris de 10%
contre l'euro depuis son plus bas du mois de mai.
    La grande majorité des analystes ne voit pas la tendance
s'inverser de sitôt compte tenu des bonnes performances de
l'économie américaine, notamment au regard de la zone euro.
    Les multinationales américaines, très représentées au sein
de l'indice Standard & Poor's 500, tirent près de la
moitié de leur chiffre d'affaires à l'international.
    "Certaines d'entre elles ne seront pas à la hauteur des
attentes du marché à cause de leurs activités à l'étranger, ce
sera donc une source de déception", prédit Carmine Grigoli,
stratège chez Mizuho Securities à New York.
    Le consensus n'attend plus qu'une croissance de 6,4% des
bénéfices des entreprises du S&P-500 au troisième trimestre
alors que la prévision était de +11% il y a seulement deux mois,
montrent les données de Thomson Reuters.
    Et l'abaissement des prévisions concerne en premier lieu les
entreprises les plus présentes à l'international.
    Ford en a donné un avant-goût lundi dernier : le
deuxième constructeur automobile américain a réduit ses
prévisions de bénéfice pour l'ensemble de 2014 du fait de pertes
plus fortes qu'attendu en Russie et en Amérique latine.
 
    "Bien sûr il ne faut pas trop extrapoler à partir d'un cas
particulier, mais je pense que le sentiment s'est grandement
détérioré", note Michael James, chez Wedbush Securities à Los
Angeles, alors que l'action Ford a perdu 10,7% sur la semaine.
    
    YUM BRANDS LANCE LA SAISON DES RÉSULTATS
    Sa valorisation élevée rend de plus le S&P vulnérable. Même
s'il n'a progressé que de 0,6% au troisième trimestre, l'indice
de référence des gérants américains reste proche de ses records
et il se paie 15 fois les bénéfices estimés à 12 mois, au-dessus
de sa moyenne historique de 14,9, selon les données Thomson
Reuters.
    Le coup d'envoi de la "saison des résultats" sera donné
mardi par le groupe de restauration rapide Yum Brands,
maison mère de Kentucky Fried Chicken, qui réalise 77% de ses
ventes à l'international. Selon Thomson Reuters Starmine, les
analystes ont réduit leurs estimations de bénéfice par action de
5,4% en moyenne sur les 30 derniers jours, principalement du
fait de l'exposition de Yum à l'international.
    Ce n'est pas le cas toutefois pour toutes les
multinationales. Les estimations ont ainsi légèrement augmenté,
de 0,2% en 30 jours, pour Intel qui réalise pourtant
83% de son chiffre d'affaires à l'étranger. Le géant des
semi-conducteurs publiera ses comptes trimestriels le 14
octobre.
    Par secteurs, ce sont les technologiques qui ont le plus de
présence à l'international avec 57% de leur chiffre d'affaires
réalisé hors des Etats-Unis. Parmi elles, Qualcomm a
une exposition de 97%, déjà sanctionnée par une baisse de 5,6%
du titre du fabricant de puces au troisième trimestre. Les
estimations de résultats pour Qualcomm n'ont guère varié sur les
30 derniers jours mais le groupe, il est vrai, ne publiera pas
ses comptes avant novembre.
    Au sein du S&P-100, c'est le cabinet de conseil Accenture
 qui a la plus forte exposition à l'international. Et sur
les 23 analystes qui ont révisé leurs estimations lors du mois
écoulé, 21 l'ont fait à la baisse. 
    Alors que le bal des résultats débutera en douceur - après
Yum sont attendus Alcoa et Monsanto mercredi,
puis PepsiCo jeudi -, l'actualité sur le front des
statistiques se calmera après l'effervescence suscitée vendredi
par les chiffres de l'emploi de septembre. Le marché prendra en
revanche connaissance, mardi, du compte rendu de la réunion
monétaire des 16 et 17 septembre de la Réserve fédérale.
    Le S&P, en hausse de 1,12% vendredi, a connu sa meilleure
séance depuis le mois d'août mais il a perdu 0,8% sur l'ensemble
de la semaine. 

 (Véronique Tison pour le service français)