Le marché de la dette d'entreprise se positionne avant la BCE

vendredi 20 mai 2016 17h51
 

LONDRES, 20 mai (IFR) - L'annonce en mars par la Banque centrale européenne (BCE) de l'extension de son programme de rachats d'actifs à la dette d'entreprise a renforcé les exigences des investisseurs sur ce marché, comme l'illustre l'importante émission obligataire de LafargeHolcim qui a dû renoncer jeudi à émettre des titres à échéance de 20 ans.

Le numéro un mondial du ciment avait lancé une émission en trois tranches de sept, 12 et 20 ans mais il a dû finalement renoncer à cette dernière tranche en raison d'un manque de demande et de la concurrence d'autres émetteurs.

"Le livre d'ordres a été juste couvert aux conditions définitives et en général, on ne veut pas insister pour vendre des titres comme ceux-là quand on sait qu'ils ne seront pas performants ensuite sur le marché", a dit l'un des principaux chefs de file de l'opération.

LafargeHolcim a finalement placé pour deux milliards d'euros en deux tranches au cours d'une journée où 5,5 milliards d'euros de dette "corporate" ont été émis au total.

Les émissions de dette d'entreprise se sont multipliées depuis l'annonce de la BCE, qui achetait déjà de la dette souveraine depuis mars 2015. Sur les deux dernières semaines uniquement, leur montant global a dépassé les 27 milliards d'euros.

L'offre devrait continuer d'affluer dans les semaines à venir, plusieurs dizaines d'émetteurs étant encore sur les rangs.

"Je crois que l'ensemble du marché a anticipé la BCE. On a l'impression d'une copie conforme de ce qui s'est passé l'année dernière quand tout le monde s'est mis à acheter des Bunds et qu'il n'y avait plus rien sur le marché quand la BCE a effectivement commencé à acheter", dit un investisseur.

"Le marché est vraiment faible et pourtant, les nouvelles émissions continuent d'affluer rapidement."

Certains investisseurs se plaignent que l'arrivée prochaine de la BCE sur ce marché réduise l'intérêt des nouvelles émissions obligataires, ce qui les contraint à être plus sélectifs.

"Les gens ne veulent pas acheter du papier long à 20 ans émis par un émetteur noté BBB dans l'activité très cyclique du ciment et des matériaux de construction", explique ainsi un banquier au sujet du cas de LafargeHolcim. (Laura Benitez; Bertrand Boucey pour le service français, édité par Marc Angrand)