Le PDG de Total ne veut pas de loi sur les rémunérations

mercredi 18 mai 2016 14h18
 

PARIS, 18 mai (Reuters) - Des entreprises basées en France délocaliseront leur siège si le pays légifère sur les rémunérations des dirigeants, a estimé mercredi le PDG de Total , Patrick Pouyanné.

Patrick Pouyanné a toutefois ajouté que les conseils d'administration des sociétés devaient suivre l'avis des actionnaires lorsque ces derniers s'opposent aux rémunérations sur lesquelles ils sont consultés.

"Si l'assemblée générale de Total disait 'non' aux éléments que le conseil d'administration propose pour Patrick Pouyanné, je demanderais au conseil d'administration de les réviser", a-t-il dit lors d'une audition devant la commission des affaires économiques du Sénat.

"Je pense que c'est juste et qu'on n'a pas besoin de loi pour nous l'imposer (...). C'est un terrain extrêmement dangereux (...), les sièges quitteront la France si des lois de cette nature sont prises", a ajouté le PDG.

"Ce n'est pas une menace, c'est juste ce qui va se passer, et je ne souhaite pas que le siège de Total quitte la France (...). Ce n'est pas la peine d'aller légiférer sur des sujets qui feront que le pays, une fois de plus, se mettrait en marge du mouvement mondial."

Début mai, les actionnaires de Renault ont rejeté à 54% la rémunération de Carlos Ghosn mais le conseil d'administration du constructeur a maintenu le montant de 7,2 millions d'euros attribué au PDG au titre de 2015, ce qui a conduit le ministre de l'Economie Emmanuel Macron à menacer de légiférer sur le sujet.

Les décisions des assemblées générales d'actionnaires sur les rémunérations pourraient être immédiatement exécutoires si le code Afep-Medef n'est pas appliqué, a de son côté déclaré François Hollande mardi.

Les actionnaires de Total devront se prononcer le 24 mai en assemblée générale sur la rémunération due ou attribuée au titre de 2015 à Patrick Pouyanné, estimée à 4,7 millions d'euros.

"Je dois avoir le vingtième ou vingt-cinquième salaire d'un gars chez Exxon ; mes collègues en gagnent 20 à 25 millions, à mon avis tout ça est un peu exagéré", a dit Patrick Pouyanné mercredi.

"Dans le marché européen et mondial je peux vous dire que, par rapport à mes collègues américains et anglo-saxons, ils me prennent pour un petit rigolo." (Benjamin Mallet, édité par Jean-Michel Bélot)