Rousseff promet de se battre jusqu'au bout contre sa destitution

mardi 19 avril 2016 01h24
 

par Anthony Boadle et Lisandra Paraguassu

BRASILIA, 19 avril (Reuters) - Dilma Rousseff a prévenu lundi qu'elle se défendrait "jusqu'au bout" contre sa destitution, au lendemain de son échec cuisant à la Chambre des députés, qui a approuvé à une écrasante majorité la mise à l'écart de la présidente du Brésil.

Dans une ambiance électrique et sous les yeux de millions de Brésiliens rivés devant leurs écrans de télévision, les députés d'opposition ont aisément réuni dimanche la majorité des deux tiers nécessaires à la poursuite de la procédure de destitution.

Il revient désormais au Sénat de se prononcer. Si les 81 sénateurs acceptent à la majorité simple d'examiner le dossier, ce qui est très probable et pourrait intervenir dès le début du mois de mai, la présidente sera automatiquement suspendue et remplacée par son vice-président et désormais adversaire, Michel Temer.

Dans une allocution télévisée à la nation, Dilma Rousseff est apparue combative, affirmant ne pas avoir commis le moindre fait passible d'une destitution. Elle a accusé Michel Temer de comploter ouvertement contre elle, ce qu'elle a qualifié de "coup d'Etat".

"Même si cela me rend très triste, j'ai la force, la volonté et le courage de me battre jusqu'au bout contre toute cette procédure", a-t-elle dit. "Ce n'est que le début de la bataille, qui sera longue et interminable."

Dilma Rousseff est accusée de manipulation des comptes publics pour favoriser sa réélection pour un second mandat de quatre ans en 2014. La manoeuvre qui lui est reprochée est pourtant fréquemment utilisée par les responsables politiques brésiliens. Elle consiste à reporter l'inscription de remboursements à des créanciers de l'Etat afin de baisser artificiellement le déficit budgétaire.

Avec plus de 60% des Brésiliens favorables à sa destitution, selon les instituts de sondage, Dilma Rousseff paie aussi la profonde récession économique dans laquelle a basculé le Brésil et un vaste scandale de corruption autour de la compagnie pétrolière publique Petrobras, qui éclabousse une grande partie de la classe politique, y compris parmi ses adversaires.

Un collaborateur de Dilma Rousseff a déclaré que le camp présidentiel allait s'efforcer de rallier des soutiens au Sénat, où il ne dispose pas en l'état de la majorité simple qui permettrait de bloquer la procédure. Seuls 31 sénateurs lui sont pour l'instant favorables, ce qui fait dire à ce collaborateur que la situation paraît "très difficile".

Le gouvernement s'est tourné vers le président du Sénat, Renan Calheiros, pour l'inciter à retarder le vote autant que possible afin de gagner du temps pour tenter de "retourner" des sénateurs.

Allié versatile de la présidente, Renan Calheiros a déclaré lundi qu'il garderait une position de neutralité et qu'il rencontrerait mardi les responsables des partis représentés au Sénat pour définir le calendrier de la procédure. (Bertrand Boucey pour le service français)