17 avril 2016 / 13:32 / il y a 2 ans

LEAD 2-Destitution-Jour crucial pour Rousseff avec le vote des députés

* Vote prévu à partir de 14h00 (17h00 GMT)

* Les partisans de la destitution doivent réunir deux tiers des voix, soit 342 voix

* Le parti présidentiel dit avoir espoir de mettre la procédure en échec (Actualisé avec dernières estimations du Parti des travailleurs)

par Anthony Boadle et Marcela Ayres

BRASILIA, 17 avril (Reuters) - Les députés brésiliens se sont réunis dimanche pour procéder à un vote susceptible de déboucher sur une destitution de la présidente Dilma Rousseff, accusée d‘avoir truqué les comptes publics pour favoriser sa réélection en 2014, un scrutin qui pourrait mettre fin à 13 de pouvoir du Parti des travailleurs.

Cette crise politique, qui divise le Brésil depuis des mois sur fond de soupçons de corruption, s‘est peu à peu muée en un conflit ouvert entre la présidente et son vice-président, le centriste Michel Temer, membre du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), qui lui succéderait si elle était destituée.

Dilma Rousseff s‘est lancée samedi dans des tractations de la dernière chance avec les députés de son camp, pour tenter de s‘assurer leur soutien à la veille du vote. La présidente a rencontré une partie des députés appelés à se prononcer ce dimanche pour ou contre sa destitution au motif qu‘elle aurait enfreint les règles budgétaires en vigueur en maquillant les compte publics pour faciliter sa réélection en 2014.

Ces discussions suggèrent que le vote de dimanche pourrait être plus serré qu‘attendu initialement. Les opposants à la présidente doivent réunir une majorité des deux tiers des 513 députés, soit 342 voix, pour voter la destitution. Si la destitution passe à la chambre basse, le Sénat devra alors se prononcer.

On estime que Dilma Rousseff doit trouver 20 voix pour mettre la procédure en échec.

“D‘après nos derniers calculs, nous aurons les voix pour bloquer la destitution”, a affirmé José Guimarães, chef de file du Parti des travailleurs (PT), la formation de Rousseff et de Lula, à la chambre des députés.

Plus tôt dans la journée, un conseiller de Michel Temer avait déclaré que Rousseff, soutenue par son prédécesseur Luis Iñacio Lula da Silva, qui reste l‘homme politique le plus influent du pays, était parvenue à retourner une poignée de députés mais pas assez pour faire pencher la balance en sa faveur.

Le vote des députés est prévu à partir de 14h00 (17h00 GMT) mais le résultat pourrait ne pas être connu avant la fin de la soirée. Selon les sondages, plus de 60% des Brésiliens sont partisans d‘une destitution de la présidente.

MANIFESTATIONS ET DÉPLOIEMENT POLICIER

Partisans et adversaires de la destitution de la présidente se sont rassemblés dès dimanche matin à Brasilia, la capitale, et se sont rapprochés du Congrès. Une barrière de deux mètres de haut a été érigé sur plus d‘un kilomètre pour séparer les deux cortèges.

Des milliers de policiers se sont dans le même déployés à Brasilia et dans les mégapoles que sont Sao Paulo et Rio de Janeiro, où l‘on attend des rassemblements rivaux de plusieurs centaines de milliers de partisans et d‘opposants à la destitution.

Dans une vidéo et une tribune publiée dans la presse, Dilma Rousseff, première femme à diriger le plus grand pays d‘Amérique latine, a de nouveau nié avoir commis des actes justifiant sa destitution, présentant la procédure visant à la chasser du pouvoir comme “la plus grosse fraude juridique et politique” de l‘histoire du Brésil.

“Nous sommes face à la menace d‘un coup d‘Etat, un coup d‘Etat sans armes qui utilise des méthodes plus destructrices, comme la fraude et le mensonge, pour tenter de détruire un gouvernement légitimement élu”, a-t-elle écrit dans le grand quotidien Folha de S.Paulo samedi.

UN POUVOIR AFFAIBLI

Outre les accusations de manipulation du budget, Dilma Rousseff se voit reprocher par une partie de l‘opinion publique d‘avoir laissé le pays s‘enfoncer dans sa pire récession économique depuis les années 1930.

Son pouvoir a en outre été affaibli par l‘affaire Petrobras, un dossier de corruption présumée à grande échelle impliquant le puissant groupe pétrolier public.

Elle n‘a pas été personnellement mise en cause par la justice dans ce dossier, contrairement à bon nombre des députés appelés à se prononcer sur son sort. Selon le site d‘information politique indépendant Congresso em Foco, plus de 300 des élus appelés à voter sont visés par une enquête pour corruption, fraude ou infraction au code électoral.

La crise politique, qui a fait éclater la coalition gouvernementale, est d‘autant plus profonde que l‘héritière de Lula a conservé le soutien d‘une partie des classes populaires, reconnaissantes au Parti des travailleurs de l‘amélioration de la qualité de vie de dizaines de millions de personnes en 13 ans de pouvoir.

Si les députés votent en faveur de la destitution, il appartiendra alors au Sénat de se prononcer sur le renvoi de la présidente devant la justice pour infraction aux règles budgétaires. Si elle perd ce vote, qui pourrait avoir lieu le 10 ou le 11 mai, elle sera automatiquement suspendue et remplacée par Michel Temer. Ce dernier, qui assurerait la présidence jusqu‘en 2018 si Dilma Rousseff était jugée coupable par le Sénat, n‘a que peu de soutiens politiques.

Si elle survit au vote de dimanche, la présidente restera très affaiblie et les observateurs estiment que sa promesse de former alors un gouvernement d‘union nationale a peu de chances d‘être tenu au vu des divisions profondes créées par la crise. (avec Daniel Flynn; Marc Angrand, Eric Faye et Henri-Pierre André pour le service français)

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