April 8, 2016 / 1:57 PM / a year ago

David Cameron fragilisé par les "Panama papers"

4 MINUTES DE LECTURE

par Elizabeth Piper

LONDRES, 8 avril (Reuters) - David Cameron espérait se concentrer sur la campagne en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne d'ici au référendum du 23 juin mais sa mise en cause dans le scandale des "Panama papers" complique la donne.

Après quatre déclarations différentes en quatre jours, le Premier ministre britannique a fini par admettre jeudi soir à la télévision qu'il avait bien détenu une participation dans une société créée dans un paradis fiscal par son père Ian, aujourd'hui décédé.

Il est peu probable, contrairement à ce qui s'est produit en Islande, que l'affaire le pousse à la démission. Mais dans le contexte de la campagne référendaire, ses aveux précédés d'atermoiements le fragilisent.

Intervenant jeudi soir sur l'antenne de la chaîne ITV, Cameron a précisé avoir vendu ses parts dans la société panaméenne Blairmore en 2010, l'année de la mort de son père, avant de devenir Premier ministre.

"J'ai tout vendu en 2010 parce que j'allais devenir Premier ministre et je ne voulais pas que quiconque puisse me reprocher d'avoir d'autres agendas, des intérêts privés", a-t-il expliqué.

"Nous détenions 5.000 parts dans le Blairmore Investment Trust, que nous avons vendues en janvier 2010. Cela valait dans les 30.000 livres (37.000 euros)", a précisé le chef du gouvernement.

Cameron a ajouté avoir payé des impôts sur les dividendes. La plus-value réalisée à la revente de ses parts était en revanche inférieure au plafond fiscal. "Aussi n'ai-je pas payé l'impôt sur les plus-values", a-t-il ajouté.

"Cameron a Fini Par L'admettre"

Promettant de publier ses déclarations fiscales, il a également affirmé que ce fonds n'avait pas été créé à des fins d'évasion fiscale mais pour pouvoir investir dans des actions libellées en dollars.

"Cameron a fini par l'admettre: oui, j'ai bénéficié d'un fonds offshore d'évitement fiscal", titre en une ce vendredi le Guardian, quotidien britannique associé à l'enquête coordonnée par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) sur la base des "Panama papers", une masse de documents ayant fuité de la firme panaméenne Mossack Fonseca, spécialisée dans la domiciliation de sociétés à l'étranger et les montages d'évasion fiscale.

Rien n'indique que son père ou lui se sont rendus coupables d'actions illégales, mais en braquant les projecteurs sur les richesses de la famille Cameron, l'affaire alimente le sentiment d'une partie de l'opinion selon laquelle le Parti conservateur gouverne pour protéger les riches tout en imposant l'austérité aux pauvres.

"Loin d'être la fin de ce débat, les questions continuent de se poser", a commenté Tom Watson, le numéro deux du Parti travailliste (opposition).

"Le Premier ministre savait-il que ce fonds était lié à des pratiques d'évasion fiscale ? Si oui, depuis quand, si non, pourquoi ? Et pourquoi a-t-il fallu six ans pour que cette affaire sorte en pleine lumière ?", a-t-il ajouté.

D'autres critiques portent sur l'"hypocrisie" du Premier ministre qui a dénoncé à de multiples reprises l'évasion fiscale. (avec James William à Londres; Danielle Rouquié et Henri-Pierre André pour le service français)

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