6 avril 2016 / 10:52 / il y a un an

LEAD 3-Royal mécontente partisans et adversaires de Notre-Dame-des-Landes

* Un projet jugé “surdimensionné” par Ségolène Royal

* Elle privilégie la construction d‘un aéroport à une piste

* Les partisans du projet dénoncent son “enterrement” (Actualisé avec réactions)

par Guillaume Frouin

NANTES/PARIS, 6 avril (Reuters) - La ministre de l‘Environnement Ségolène Royal a mécontenté mercredi à la fois les partisans et les adversaires du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes en privilégiant la construction d‘une seule piste pour sortir de l‘impasse.

Elle s‘appuie sur le rapport d‘experts qui lui a été remis mardi et qui conclut que le projet est surdimensionné, un jugement que le Premier ministre Manuel Valls s‘est, lui, abstenu de porter, ce qui montre que deux thèses contradictoires continuent à prévaloir au sein du gouvernement.

Les experts proposent deux alternatives: “l‘agrandissement et la rénovation des installations actuelles de Nantes-Atlantique” ou “une redéfinition du projet avec une seule piste de 2.900 m de long et 45 m de large -- au lieu des deux pistes de 3.600 m de long dont une de 60 m de large”.

L‘agrandissement de l‘aéroport de Nantes étant selon Ségolène Royal exclu en raison de la densité de l‘habitat, elle privilégie le transfert à Notre-Dame-des-Landes mais avec une seule piste, suffisante selon la ministre.

“Une seule piste permet 11 millions de voyageurs alors qu‘on a présenté un aéroport à deux pistes avec un impact environnemental très lourd”, a-t-elle dit à sa sortie du conseil des ministres, où le dossier n‘aurait pas été évoqué.

L‘un des auteurs du rapport remis à la ministre, Nicolas Forray, a soutenu cette hypothèse devant les journalistes, en marge d‘une conférence de presse de Ségolène Royal.

“La réponse à une piste nous paraît parfaitement pertinente au regard des besoins connus et imaginés” de Nantes, a-t-il dit en expliquant que les 200 hectares ainsi “gagnés” pourraient être consacrées à des activités agricoles tout en restant sous l‘autorité du concessionnaire.

UNE NOUVELLE ENQUÊTE PUBLIQUE

D‘ores et déjà, la ministre en a tiré les conséquences en sommant Aéroports du Grand Ouest (AGO), la filiale de Vinci qui a obtenu la concession du futur aéroport, de cesser les expulsions sur le site occupé par les “zadistes” qui se sont opposés, parfois violemment, au projet.

“Il y a 200 hectares de trop de terres qui ont été gelés”, a-t-elle déclaré à l‘issue du conseil des ministres. “Quand je vois que l‘entreprise concessionnaire a commencé les expulsions, ce n‘est pas acceptable. Donc ça va s‘arrêter.”

Ségolène Royal a estimé que le projet devait être modifié avant le référendum prévu sur ce sujet le 26 juin en Loire-Atlantique, dont la question ne porte pas sur la configuration du futur aéroport mais seulement sur son “transfert”.

Cela suppose une nouvelle enquête publique, la déclaration d‘utilité publique (DUP) étant obsolète en cas de modification.

Les élus locaux, de droite comme de gauche, qui sont pour la construction d‘un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, ont vivement réagi après avoir pris connaissance de cette annonce.

“L‘ATTILA DES PAYS DE LA LOIRE”

“Une nouvelle enquête publique obligerait à repartir sur dix ans de procédures, auxquelles ne survivra pas le projet”, affirme dans un communiqué Bruno Retailleau, président (LR) du conseil régional des Pays de la Loire.

“La vérité, c‘est que Ségolène Royal ne veut pas de l‘aéroport, et qu‘elle cherche par tous les moyens à plomber le projet... Elle est l‘Attila des Pays de la Loire : là où elle passe, dans ma région, les projets ne repoussent pas.”

Bruno Hug de Larauze, président de la Chambre de commerce et d‘industrie (CCI) des Pays de la Loire, et son homologue de la CCI de Nantes/Saint-Nazaire, Jean-François Gendron, estiment que les annonces de Ségolène Royal sont “invraisemblables”.

“Elle remet en cause les décisions portées depuis quinze ans par l‘Etat, les collectivités locales et les acteurs économiques, et enterre aussi de fait le projet”, dénoncent-ils.

Alain Mustière, président des “Ailes pour l‘Ouest”, l‘association qui milite pour le “transfert” de l‘actuel aéroport de Nantes à Notre-Dame-des-Landes, demande quant à lui à Manuel Valls de “désavouer sa ministre”.

Les opposants au projet, qui réclament l‘abandon pur et simple du transfert, ne sont pas non plus satisfaits.

“Une nouvelle enquête publique, c‘est mieux que rien et que le statu quo, mais ça ressemble quand même à une fuite en avant”, a déclaré à Reuters François de Rugy, député écologiste de Loire-Atlantique. “Si on veut en finir avec ce mauvais feuilleton, il faut que les citoyens votent non au référendum.”

Un abandon du projet obligerait l‘Etat à payer de lourds dédommagements au groupe Vinci. (Avec Myriam Rivet, Elizabeth Pineau, Julie Carriat, édité par Yves Clarisse)

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