La Banque du Portugal poursuivie par des fonds à propos de Novo Banco

mardi 5 avril 2016 17h03
 

par Simon Jessop et Andrei Khalip

LONDRES/LISBONNE, 5 avril (Reuters) - Un groupe de 14 gérants d'actifs a ouvert le 29 mars une procédure administrative contre la banque centrale du Portugal portant sur près de deux milliards d'euros de pertes réalisées sur des obligations de Novo Banco, la banque créée sur les ruines de Banco Espirito Santo, montrent des documents judiciaires.

La banque centrale avait transféré fin 2015 cinq emprunts de la "bonne banque" Novo Banco vers la "mauvaise banque" Banco Espirito Santo, déclarée faillie en 2014, décision motivée par le fait que les régulateurs européens avaient décelé un déficit de fonds propres chez Novo Banco.

Les obligations concernées avaient chuté à une quinzaine de centimes par euro à la mi-janvier, alors qu'elles se traitaient au pair avant le transfert, représentant une valeur combinée de seulement 300 millions d'euros.

La banque centrale avait justifié sa décision au motif que leur valeur faciale impliquait qu'elles avaient été souscrites par des investisseurs institutionnels avisés et non par de simples particuliers.

Les fonds, parmi lesquels figurent BlackRock et Pimco, dénoncent pour leur part un traitement discriminatoire envers les fonds communs de placement qui sont leurs clients, dont beaucoup représentent des investisseurs individuels ou des fonds de pension.

"La décision de la Banque du Portugal fait que de l'argent a été indûment pris dans les poches de retraités et d'épargnants individuels pour le bénéfice de Novo Banco", argue BlackRock.

Les documents judiciaires montrent aussi que le transfert a donné lieu par ailleurs à l'ouverture d'une trentaine de procédures distinctes.

Contactée par Reuters mardi, la Banque du Portugal s'est refusé à tout commentaire.

La constitution du consortium protestataire avait été annoncée en janvier par IFR, un service de Thomson Reuters. La confirmation du dépôt de plainte a d'abord été signalée par le Financial Times mardi.

(Avec Steve Slater à Londres et Axel Bugge à Lisbonne, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Véronique Tison)