La BCE pourrait distribuer 1.300 euros à chaque citoyen-étude

jeudi 31 mars 2016 15h30
 

LONDRES, 31 mars (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) pourrait se permettre de distribuer directement 1.300 euros à chaque citoyen de la zone euro si aucun autre moyen ne lui permettait de faire remonter l'inflation, estime Nordea Bank jeudi.

L'idée d'un recours à une telle distribution généralisée de liquidités aux consommateurs, connue sous l'appellation de "monnaie hélicoptère", a été évoquée récemment par l'économiste en chef de la BCE, Peter Praet, comme une possibilité théorique mais les dirigeants de l'institution ont pris leurs distances avec cette éventualité.

La BCE consacre par ailleurs déjà 80 milliards d'euros par mois à des achats de titres sur les marchés, principalement des obligations d'Etat, pour tenter de relancer le crédit et les prix dans le cadre de sa politique d'assouplissement quantitatif (quantitative easing, QE).

"La monnaie hélicoptère ne fait pour l'instant pas partie des débats du Conseil des gouverneurs", a déclaré mercredi Benoît Coeuré, l'un des membres du directoire de la banque centrale. "Pour être honnête, je ne vois pas comment cela fonctionnerait sans une forme de partage des risques avec les Etats, ce qui serait problématique en pratique et sur le plan juridique."

Le financement par la BCE de plans de relance gouvernementaux serait assimilé à un financement budgétaire, ce que ses statuts lui interdisent. Mais Nordea estime que l'institution pourrait tout à fait distribuer directement des liquidités aux citoyens des 19 pays de la zone euro.

"Il y a quelques années, le QE, le rachat d'obligations d'Etat, semblait impossible pour la BCE", a expliqué le responsable de l'analyse taux fixes de la banque, Jan Von Gerich. "De plus en plus, les banques centrales sont obligées de tenter des expériences nouvelles."

Selon les calculs de Nordea, la BCE pourrait se permettre de consacrer 444 milliards d'euros, soit 1.300 euros pour chacun des 340 millions d'habitants de la zone euro, à la distribution directe de liquidités.

Cette estimation est fondée sur les participations de chacun des Etats membres au capital de la banque centrale et sur les profits réalisés sur les actifs qu'elle détient.

"C'est le plafond si elle décide d'envoyer directement des chèques aux citoyens parce que, dans ce cas-là, cela revient à distribuer de l'argent pour rien donc à entamer son capital", explique Jan Von Gerich.

Il ajoute que la BCE pourrait faire davantage si elle était prête à assumer une situation de capital négatif, comme l'ont déjà fait certaines banques centrales de pays en développement, mais il souligne que cela menacerait son indépendance puisqu'elle devrait ensuite être recapitalisée par les Etats. (John Geddie; Marc Angrand pour le service français)