LEAD 1-L'instigateur du scandale Petrobras condamné à 19 ans de prison

mardi 8 mars 2016 20h18
 

par Pedro Fonseca

SAO PAULO, 8 mars (Reuters) - L'homme d'affaires brésilien Marcelo Odebrecht, ancien président du conglomérat du BTP Odebrecht SA, a été condamné mardi à une peine de 19 ans de prison pour pots-de-vin, blanchiment d'argent et association de malfaiteurs en lien avec le scandale Petrobras aux très larges répercussions politiques.

Il est le plus haut cadre dirigeant à être reconnu coupable dans l'opération "Carwash" ou "Lavage express" (Operação Lava-Jato). Arrêté en juin, il passe pour être la figure centrale, au sein du secteur privé, de ce que la police fédérale et le parquet considèrent comme une organisation criminelle.

Le scandale porte sur un système complexe de surfacturations et de dessous-de-table au sein de la compagnie nationale des pétroles Petrobras, qui menace de faire tomber le gouvernement de la présidente Dilma Rousseff.

L'enquête en cours depuis près de deux ans a déjà conduit à l'inculpation de plusieurs dizaines de cadres d'entreprises. Des alliés politiques et d'anciens collaborateurs de la présidente Dilma Rousseff ont été arrêtés et l'ancien président Luiz Inacio Lula da Silva a été interrogé pendant trois heures la semaine dernière.

L'affaire remonte à la présidence Lula et à une époque où Rousseff présidait le conseil d'administration de Petrobras.

Selon le verdict rendu par le juge fédéral Sergio Moro, qui coordonne l'enquête depuis la ville de Curitiba, Odebrecht a formé un "cartel" avec d'autres entreprises qui se sont "systématiquement" entendues à partir de 2006 pour répondre à des appels d'offre de Petrobras.

"Les participants, ligués dans ce qu'ils appelaient un 'club', se mettaient d'accord pour déterminer qui remporterait les contrats Petrobras, manipulant les devis présentés lors de l'examen des offres", écrit le juge. "Ils étaient ainsi en mesure, sans la moindre concurrence, de remporter la mise au prix le plus élevé possible."

Odebrecht, petit-fils du fondateur de l'entreprise familiale, est considéré comme la cheville ouvrière de ces manipulations d'offres et de surfacturations en raison de l'importance de sa société et de ses liens avec d'anciens responsables politiques, dont Lula, que les enquêteurs soupçonnent d'avoir bénéficié de commissions occultes et autres faveurs.

Ce système de corruption et de blanchiment d'argent aurait financé des campagnes électorales et couvert des dépenses du Parti des travailleurs (PT) dont Lula était le chef de file.

L'ex-président, qui bénéficie toujours d'une forte popularité au Brésil, a démenti toute malversation et son placement en garde à vue a provoqué des réactions outrées de ses partisans. (avec Reese Ewing; Pierre Sérisier, Jean-Stéphane Brosse, Nicolas Delame, Eric Faye et Henri-Pierre André pour le service français)