L'incertitude politique dans une nouvelle phase au Portugal

mardi 8 mars 2016 18h00
 

par Axel Bugge

LISBONNE, 8 mars (Reuters) - L'incertitude politique qui plane depuis des mois sur le Portugal entre mercredi dans une nouvelle phase avec la prestation de serment du nouveau président, Marcelo Rebelo de Sousa.

Le chef de l'Etat issu de la droite portugaise va cohabiter avec le gouvernement de gauche constitué par le Premier ministre socialiste Antonio Costa avec le soutien des communistes et du Bloc de gauche alors que la droite était arrivée en tête des législatives d'octobre, sans retrouver cependant la majorité dont elle disposait dans la précédente législature.

En vertu de la constitution portugaise, Rebelo de Sousa disposera à compter du mois prochain du pouvoir de dissoudre le Parlement et de convoquer de nouvelles élections législatives (un délai incompressible de six mois doit s'écouler entre deux élections législatives).

Au soir de son élection dès le premier tour, le 24 janvier, le nouveau président a déclaré que la priorité était de "raffermir la stabilité politique et l'entente nécessaire pour gouverner" et que le moment n'était pas à la division.

Nombre de politologues doutent cependant que le gouvernement Costa ira au terme des quatre années de la législature. Ils estiment que le Premier ministre socialiste aura du mal à tenir ses engagements en matière de réduction du déficit budgétaire face à la volonté de ses alliés au Parlement d'en finir avec l'austérité.

En cas de divorce entre les socialistes et l'extrême gauche, Rebelo de Sousa aura alors toute latitude pour convoquer de nouvelles élections.

Le Portugal, qui a fait l'objet d'un plan de renflouement financier en 2011, traverse une nouvelle zone de turbulences économiques: le chômage, qui refluait depuis 2013, est reparti à la hausse et l'investissement a reculé au quatrième trimestre 2015.

Au début du mois, l'agence Fitch a abaissé de "positive" à "stable" la perspective de la note souveraine du Portugal tandis que les rendements des emprunts portugais, le taux auquel le pays se finance sur les marchés obligataires, sont en augmentation depuis le début de l'année.

C'est dans ce contexte que Costa va devoir mettre en oeuvre près d'un milliard d'euros d'économies supplémentaires pour rester dans le cadrage négocié avec Bruxelles.

"Il est très difficile de mettre en oeuvre ce que veut Bruxelles quand vos partenaires s'opposent fondamentalement à la consolidation budgétaire", souligne Antonio Barroso, de la firme de conseil Teneo Intelligence. (Henri-Pierre André pour le service français)